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BÂ MAMADOU - LANSANA KOUYATE: L'INTERET D'UNE POLEMIQUE !
29-03-07 00:03
Il y a: 3 yrs


AUTEUR : AC& IBRAHIMA SYLLA '' IBRA''



Le président de l’UFDG, le doyen Bâ Mamadou était à Abidjan la semaine dernière où il a été reçu par le président ivoirien Laurent Gbagbo. Le titre donné et les déclarations tenues ou prêtées à l’opposant guinéen, à sa sortie de cette audience présidentielle ivoirienne, n’ont pas été du goût de la primature où ils ont été ressentis comme un vrai électrochoc politique contre le Premier ministre Lansana Kouyaté qui s’est immédiatement inscrit en faux.


Mais, au delà du fait que le titre soit usurpé ou non, que les propos de Bâ Mamadou aient été oui ou non dictés par Lansana Kouyaté qui, dans le cadre de ses concertations avec les acteurs politiques, avait reçu le président de l’UFDG peu avant le voyage de ce dernier à Abidjan, il faut dire que l’intérêt de la controverse réside dans le fait que Bâ Mamadou, en parlant ainsi, avec ou sans mandat de Lansana Kouyaté, semblait être en phase avec les guinéens qui, près d’un mois après sa nomination, ne cachaient plus leurs inquiétudes, leurs préoccupations voire leur déception face au retard accusé par le Premier ministre de rendre public la composition de son gouvernement. Alors Blocage du général Lansana Conté ou minutie de Lansana Kouyaté ?

 

Sous le titre, ‘’Guinée, les partis politiques pour une démarcation Conté – Kouyaté’’, le quotidien progouvernemental ivoirien ‘’Fraternité Matin’’, se faisant l’échos de l’audience accordée, le mardi 20 mars 2007, par le président Laurent Gbagbo à l’opposant guinéen, Bâ Mamadou, leader de l’UFDG, écrivait :  « Reçu en audience, hier (NDLR : mardi 20 mars 2007), par le Président Laurent Gbagbo, M. Mamadou Bâ, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), parti d’opposition, et émissaire du Premier ministre Lansana Kouyaté, a plaidé en faveur d’une démarcation nette entre la politique de celui- et celle du Président Conté

En effet, l’homme politique guinéen affirmant voir échangé sur la situation en Guinée avec le chef de l’Etat, a requis l’appui de la communauté internationale dont la CEDEAO a jeté les bases, aux fins de ‘’permettre au Premier ministre Kouyaté d’avoir les coudées franches pour faire sa propre politique et non celle du Président Lansana conté’’.

En outre, il a fait le bilan de ‘’l’insurrection populaire dont la répression par l’armée a fait au moins 200 morts’’. Puis, le président de l’UFDG se faisant l’écho des masses guinéennes, de réclamer ‘’la mise sur pied d’une commission internationale d’enquête qui va déterminer les responsabilités des auteurs dans le but de calmer le peuple’’.

En tout état de cause, Mamadou Ba soutient que Lansana Kouyaté, qui a eu des consultations avec tous les grands partis du pays, a leur appui pour sortir le pays de l’impasse ; même s’il reconnaît que ‘’la situation est devenue calme’’ avant de réitérer que ‘’le Premier ministre doit être le seul responsable de l’exécutif’’.

Il convient de noter que cette mission de M. Mamadou Ba coïncide avec sa présence aux obsèques de florence Houphouet-Boigny dont il est le beau-père, car ‘’ayant épousé sa mère’’, comme il le confiera à sa sortie d’audience ».

Il faut signaler que cette audience, sous cette forme, a été commentée par de nombreux quotidiens ivoiriens de toutes tendances et diffusée sur les antennes de la RTI , relayée par ‘’Africable’’.  

 

Mais, elle a eu l’inconvénient de provoquer le courroux du nouveau Premier ministre guinéen. En effet, si Bâ Mamadou, exprimant son soutien au nouveau Premier ministre et plaidant en sa faveur chez le président ivoirien, apparaît comme un leader très sensible ‘’aux difficultés et blocages’’ que rencontreraient Lansana Kouyaté dans l’exercice de formation de son gouvernement trop attendu par le public, ce dernier n’a manifestement pas aimé d’abord que le leader de l’UFDG soit identifié comme son ‘’émissaire’’. Lansana Kouyaté, d’autre part, n’a pas apprécié, non plus, que  Bâ Mamadou ‘’voit là où il y en a pas des problème’’. A Conakry, il a été prêté, à tort ou à raison, à Bâ Mamadou cette phrase : « Le Premier ministre m’a demandé de rencontrer le Président pour un peu discuter avec lui, le tenir au courant de ce qui se passe à Conakry ... »

 

D’où cette réaction du Premier ministre dans une interview vraisemblablement suscitée avec nos confrères de la RTG et diffusée le jeudi 22 mars 2004 pour, dit-on, mettre les points sur les ‘’i’’ :

«  Monsieur Bâ Mamadou n'a pas été du tout mon émissaire auprès du Président Gbagbo », a répliqué avec insistance le Premier ministre Lansana Kouyaté. Saisissant l'occasion de la visite à Conakry de l'Envoyé Spécial de la CEDEAO , en l'occurrence l'ex-Président de la République du Nigeria, le Général Ibrahima Badamassi Babangida, l’équipe de la Radio Télévision Guinéenne (RTG) détachée à la Primature a été approchée pour, dit-on, poser deux questions d'actualité au Premier ministre Lansana Kouyaté. Lisons plutôt :

 

- RTG : « Monsieur le Premier ministre, les guinéens ont suivi votre interview sur RFI où vous avez indiqué que vos relations avec le Chef de l'Etat sont des relations de confiance. Malgré cette affirmation, on ne peut plus claire, certains pensent toujours que vous avez des difficultés à former votre gouvernement. Pouvez-vous nous en dire un mot ? »

 

- Lansana Kouyaté : « Je ne dirai que ce que j'ai déjà dis sur RFI. Parce que c'est cela la réalité. Avec le Président, j'ai une relation de confiance. Avec les syndicats, j'ai la même relation de confiance. Et tout cela, c'est dans le creuset des accords qui ont été signés entre eux et le Chef de l'Etat, à travers les Institutions Républicaines. Je le dis et je le répète, il n'y a aucun nuage. Le Président me donne les coudées franches. Ceux qui en doutent, ont déjà vu la structure [ndlr : du gouvernement] qui est sortie. Et dans quelques jours, ils verront que le gouvernement sera composé et bel et bien composé. Donc, ce n'est pas la peine de trop spéculer là-dessus. Ce qu'il faut attendre, c'est la formation du gouvernement qui se fera dans les jours à venir ! Allons avec sagesse, parce que nous sommes dans une situation où les esprits s'échauffent ; où l'impatience, n'est-ce pas, se manifeste. Mais, à mon avis, ce n'est pas tout cela, ce ne sont pas les émotions qui vont conduire au changement que nous aspirons. Et, je crois que j'ai suffisamment dis sur RFI, comme vous l'avez dit, et je le dis encore ici, il n'y a qu'aucun problème et, en temps opportun, le Peuple de Guinée connaîtra le gouvernement, que je souhaite, le plus proche, de ses attentes ».

 

- RTG : « Alors, Monsieur le Premier ministre, le Président de l'UFDG (l'Union des Forces Démocratiques de Guinée) a déclaré a Abidjan,qu'il a été envoyé comme émissaire, pour expliquer vos difficultés au Président Gbagbo concernant, justement, la formation du gouvernement. Cela a laissé plus d'un perplexe. Qu'en est-il exactement ? »

 

- Lansana Kouyaté : « D'abord, je voudrais vous dire que j'entretiens avec le Président Gbagbo des relations très étroites. Rappelez-vous qu'avant que l'on arrive à la dernière ligne de la désignation du Premier ministre, les malintentionnés disaient que c'est le Président Gbagbo qui est venu suggérer que je sois Premier ministre ! Qu'ils le disent, ça veut dire qu'ils savent au moins que nos relations sont étroites. Un coup de téléphone, deux coups de téléphone, trois coups de téléphone, parfois, on peut aller jusqu'à quatre coups de téléphone ; et pas avec lui seulement, mais avec d'autres Chefs d'Etat avec qui j'entretiens des relations absolument de confiance ! Je n'ai pas besoin d'un intermédiaire pour dire quoique ce soit au Président Laurent Gbagbo.

Le Président auquel vous faites allusion, le Président de l'UFDG, est parti, parce qu'il a perdu, à ce que je sache, un enfant. Il est parti donc procéder à l'enterrement de cet enfant. Qu'il ait vu le Président Gbagbo de son propre gré, c'est son plein droit. Mais, je n'ai envoyé aucun émissaire. Je ne peux pas, encore plus, envoyer un émissaire, et dans l'intervalle, déclarer publiquement que je n'ai aucun problème dans la formation du gouvernement. Vous comprendrez bien que je ne m'enfermerais pas dans une contradiction si ridicule.

Je souhaite que les acteurs s'apaisent et que l'on n'utilise pas d'artifices pour suggérer ce qui n'est pas suggérable. C'est-à-dire, voir les problèmes là où il n'y en a pas. C'est pour quelle intention ? Je ne sais pas !

 

Pourquoi les gens veulent, vaille que vaille, que j'ai des problèmes avec le Président ? Est-ce que c'est cela qui va faire, n'est-ce pas, avancer le pays ? Je ne crois pas. Je crois que, dans la sérénité, dans l'acceptation, parce que, après tout, je suis venu après un accord. Si l'accord a existé en amont de mon arrivée, ça veut dire que les différentes parties s'étaient déjà entendues. Et c'est cette sagesse profonde qui a tiré notre pays, n'est-ce pas, du péril. C'est cela qu'il faut continuer, au lieu d'avoir des attitudes ou d'avoir des démarches qui font suggérer que tout est en train d'être bloqué.

 

 RIEN N'EST BLO-QUÉ ! Je le dis et je le répète : ‘’Monsieur Bâ Mamadou n'a pas été du tout mon émissaire auprès du Président Gbagbo’’ ».

Le Premier ministre n’avait peut être pas besoin de trop appuyé ainsi son démenti pour être cru.

 

D’ailleurs Bâ Mamadou, qui est revenu le vendredi 23 mars 07 à Conakry, nie s’être présenté comme l’émissaire du Premier ministre guinéen et impute au journaliste ivoirien la paternité de ce qualificatif ainsi que les propos vigoureusement démentis par Lansana Kouyaté. Pour Bâ Mamadou, comme l’a  reconnu le Premier ministre, il a aussi ses entrées chez le président Gbagbo qu’il a, dit-il, déjà rencontré à plusieurs reprises depuis son élection en l’an 2000. « Le Premier ministre, rétorque le président de l’UFDG, d’abord ne peut pas m’envoyer, ensuite, je n’ai jamais dis que j’étais son émissaire, ça c’est le journaliste qui sait pourquoi il l’a dit. Moi j’ai clairement expliqué être venu pour les obsèques et, comme à chaque fois que j’arrive à Abidjan, j’en ai profité pour rencontrer le président Gbagbo. J’en ai profité, en mon nom pas en celui du Premier ministre, pour lui décrire la situation qui prévaut en Guinée. On a pas besoin d’être l’émissaire du Premier ministre pour dire que la formation du gouvernement accuse un retard. S’il estime ne pas être confronté à un quelconque blocage, tant mieux pour lui. Mais, je signe et persiste sur le fait que sa politique doit être differente de celle de Lansana Conté». Ces différentes  explications sont édifiantes pour réaliser que le président de l’UFDG n’était pas l’émissaire officiel du Premier ministre, mais que Bâ  Mamadou, attaché à sa liberté de parole, a exposé à Laurent Gbagbo la situation guinéenne telle qu’il semble la vivre. D’autant que pour le leader  de l’UFDG, ce n’est pas parce que le chef du gouvernement le clame qu’il n’y a pas de blocage. Et si ce dernier démontre, par la force qu’il emploie dans son démenti, ne pas vouloir ouvrir les hostilités avec le président de la République , il faut reconnaître que Bâ Mamadou n’a traduit que la nervosité qui gagne l’opinion, le discours qui alimente depuis trois semaines les discussions et préoccupations des guinéens. C’est en cela – si c’en est une – que la bourde du journaliste ivoirien a eu un sens pour les guinéense. Le fait de soulever le débat sur un sujet de  préoccupation nationale. Les guinéens, il faut le souligner, c’est la première fois qu’ils vivent une telle situation censée être une période de cohabitation entre un Premier ministre – même s’il est proche du chef de l’Etat - imposé par la force des choses et un président de la République qu’il ne faut ni blessé ni humilié, mais qui soit, pour les trois dernières années de son mandat, tenu à l’écart de la gestion des affaires publiques. Mais, ce président ayant une certaine réputation de tirer du plaisir à mettre les bâtons dans les roues de ses collaborateurs, les analyses de Bâ Mamadou semblaient être pertinentes. Surtout que tout récemment, pour le décret portant restructuration du gouvernement, le général Lansana Conté a observé deux semaines avant, et après médiation du président Wade du Sénégal, d’y apposer sa signature. Et depuis, silence radio. Alors que nous vivons une situation trop inédite et paradoxale pour ne pas inquiéter les guinéens : Des ministres sans ministères et des ministères sans ministres.  

 

Obliger dans ces conditions Lansana Kouyaté à sortir de sa réserve et expliquer aux guinéens qu’il entretiendrait les meilleures relations possibles avec son patron et homonyme Lansana Conté, n’était pas sans signification politique. A ce titre, après avoir donné les assurances sur ce qui serait la bonne nature de ses relations avec le président de la République , le Premier ministre se met la corde au coud et apparaît, à partir d’aujourd’hui, comme l’unique responsable du retard accusé dans la formation du gouvernement de consensus tant attendu. Cependant, le changement dont rêvent les guinéens ne doit pas être seulement proclamé pour être crédible, il faut qu’il se traduise par des actes symboliques même s’ils ne sont pas immédiatement suivis d’effets.

 

Alors pour prouver que les faits sont ainsi, le Premier ministre, après pratiquement un mois d’observation et de de consultations, devrait à présent pouvoir présenter son premier gouvernement aux guinéens. En intégrant qu’il ne trouvera jamais les hommes parfaits dont la recherche obstinée justifie, pour une bonne part, ce retard. Il devra compter sur le temps pour pouvoir améliorer son équipe en tenant pour principaux critères, les résultats, le rendement et les performances. Les ministres, dans la transparence, devront être évalués sur ce qu’ils ont fait ou pas pu faire. Son sort devrait alors dépendre de l’inclinaison de la balance.  Mais aux dernières nouvelles, la visite du médiateur, le général Ibrahima Badamasi Babangida a considérablement fait évoluer le processus. Et  le Premier ministre a déposé, le vendredi 23 mars 2007, la liste des membres de son gouvernement au président de la République. Et depuis, Lansana Kouyaté et Lansana Conté travaillent sur les deux ou trois noms qui figurent devant chaque ministère. Si le chef de l’Etat ne formule pas d’autre objection et ne cède pas à la pression des éléments fâcheux qui manoeuvrent dans les coulisses, le vide gouvernemental pourrait être comblé entre dimanche 25 et mardi 27 mars 07. Ainsi, l’une des préoccupations des guinéens aura été répondue. Et il restera l’essentiel, c'est-à-dire le fonctionnement du gouvernement qui mérite l’observation quotidienne de chaque guinéen..

A C avec la collaboration de

Ibrahima Sylla ‘’Ibra’’

de la RTG ,

 








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