Nouvelle-TribuneINTERVIEW

Hadja Rabiatou Sera Diallo, S/Gle de la CNTG : « Si la base ne le veut pas, aucun syndicaliste ne sera dans le gouvernement ».

Après la première suspension de la grève générale illimitée lancée le 10 janvier 2007, nos reporters ont rencontré les leaders des deux principales centrales syndicales : USTG et la CNTG. Les entrevues qui ont été réalisés avant le déclenchement de la seconde grève, le 12 février 2007, restent toujours d’actualités. Ainsi, Hadja Rabiatou Sera Diallo et Dr Ibrahima Fofana, que notre équipe a rencontré séparément, se prononcent sur tous les sujets qui ont ponctué l’historique mouvement populaire qui a propulsé les deux personnalités et leurs collaborateurs au centre de la vie nationale guinéenne.

 

La Nouvelle Tribune: Bonjour et merci madame la Secrétaire Générale de la CNTG d’avoir accepté cette interview. Madame, quelles leçons tirez-vous de la grève de 18 jours que les guinéens viennent d’observer à votre appel ? 

Hadja Rabiatou Sera Diallo : Les leçons que je tire sont positifs et je suis heureuse pour beaucoup de raisons.

La première, c’est le réveil du guinéen. La deuxième, c’est qu’aujourd’hui tout le peuple Guinéen, même les femmes qu’on avait vues à la télévision dire ‘’nous ne voulons pas de grève’’, sont aujourd’hui contentes. Par ce que les mesures prises contre l’exportation des denrées alimentaires, avec la fermeture des frontières, ont fait chuter les prix des légumes, des fruits, du poisson, qui étaient devenus rares sur le marché. Ça c’est déjà quelque chose de très important.

Donc il faut toujours réclamer le droit, lutter pour l’avoir. Si nous avons suspendu la grève, c’est pour permettre l’exécution des acquis, laisser un temps de manœuvre pour que le guinéen puisse obtenir ce qui est déjà acquis. Il y a aussi un acquis qui est obtenu et visible, c’est le décret qui défini et qui crée le poste de Premier ministre, chef du gouvernement.

 

Nous reviendrons tout à l’heure sur le contenu de cet Accord, mais en attendant, vous n’êtes pas sans savoir que la grève notamment la marche pacifique du 22 janvier 2007, réprimée dans le sang, a fait près d’une centaine de tués tombés sous les balles des forces de l’ordre et un nombre encore plus important de blessés auxquels vous avez rendu visite dans les hôpitaux de Conakry pour vous enquérir de leur état et distribuer des enveloppes de 250.000 de francs guinéens à chacun des malades. Par rapport à ces tueries, qu’avez-vous envisagé pour ne pas que ces crimes restent impunis ?

 

Là, nous envisageons qu’une enquête soit ouverte. Même le secrétaire général de la confédération syndicale internationale a insisté là-dessus. Ce point existe dans le Protocole, donc nous veilleront, à ce que celui-ci soit respecté dans son intégralité. Aujourd’hui parmi ceux qui sont à l’hôpital, on se pose la question s’ils vont survivre ou non. Il y a aussi d’autres dont le cas nécessite l’évacuation. C’est un problème regrettable. Mais qu’est ce qui nous a amené à tout cela ? C’est par ce que les premières tueries du 12 juin 2006, lors de la seconde grève, sont restées impunies et il n’y a eu aucune enquête. C’est pourquoi les tueries se sont répétées le 22 janvier 2007. Si cette fois encore nous ne prenons pas toutes les dispositions nécessaires pour qu’une enquête soit ouverte autour de ceux qui ont commis ces crimes et qu’ils soient punis, la prochaine fois ce sera encore pire.

Déjà des noms de militaires indexés comme commanditaires ou exécutant circulent à Conakry et sont affichés sur les sites Internet.  Votre plainte prend t-elle en compte ces données ?

Nous avons tous les noms. D’ailleurs on a mis en place un comité de crise qui travaille là-dessus. Nous avons évidement certains noms de ceux qui sont venus à la Brousse du Travail.

A ce niveau, confirmez-vous que c’est bel et bien le capitaine Ousmane Conté qui a dirigé le contingent militaire qui a attaqué la Bourse du Travail parce qu’il y a une certaine confusion autour de sa participation à cette opération ?

S’il y a contradiction autour de son nom, c’est lui qui le dit. Mais ceux qui l’ont vu, par ce que nous, nous étions dans le bureau de l’éducation, l’ont bien reconnu. Ce sont des travailleurs qui l’on vu. Ils ont pris les photos. Il y a même une personne qui avait pu filmer la scène, mais elle a été molestée et son appareil écrasé. De toute façon beaucoup l’ont vu, et le moment venu, ils témoigneront.

Vous avez vous mêmes déclaré sur la voix d’Allemagne l’avoir  vu… 

Non, je n’ai pas dis que l’ai vu. Çà, je m’inscris en faux. J’étais dans le bureau de l’éducation quand ils sont arrivés la première fois avec les bérets rouges. Selon les témoignages des travailleurs, il a même giflé un des bérets rouges, un lieutenant qui avait tenté de lui résister en disant de ne pas entrer à la Bourse du Travail, que c’est un lieu sacré.

Il a été dit aussi que parmi ceux qui ont tiré sur les populations, il y avait des militaires Bissau Guinéens… ?

Là aussi ceux qui ont pu prendre contact avec eux pourront le témoigner. Mais, c’est ce qui se dit. Vous savez en Guinée, il n’y a pas de secrets. Les rumeurs sont généralement des réalités. Quelqu’un qui est en tenue militaire, qui ne parle pas la langue Française et aucune langue nationale de Guinée sauf le portugais, d’où vient-il ? C’est ce qui nous fait dire qu’il y avait des militaires venus de Guinée Bissau. Et le jour où on devait rencontrer les Institutions Républicaines, ils étaient dans la cour du Palais du peuple. Je n’ai pas pris personnellement contact avec eux, je ne suis pas allée vers eux, mais les gens nous ont dit que ces militaires n’étaient pas des guinéens.

Ensuite, le jour où il y a eu la marche, le 22 janvier beaucoup de personnes ont témoigné que Kaloum était ceinturé par ces militaires venus de Guinée Bissau. Aussi les gens, en haute banlieue, ont témoigné que ceux qui ont procédé à des attaques dans les domiciles étaient des bérets rouges, des antigangs et d’autres militaires parlant le Portugais et l’Anglais.

Pour revenir à l’important Accord ayant permis l’arrêt de la grève, il y a un point qui mentionne la création d’un poste de Premier ministre, chef du gouvernement. Est-ce que ce poste intéresserait madame la secrétaire générale de la CNTG ?

Je vous ai déjà dit, à la conférence de Presse et bien avant, que je n’aie aucune ambition politique. Pas seulement pour le poste de Premier Ministre, mais même être dans le gouvernement. Je préfère rester là où je suis.

Mon ambition, mon objectif c’est de défendre les travailleurs et de veillez sur leurs intérêts. Donc, je me sens mieux là où je suis. Car ce n’est ni un Décret ni un Arrêter qui me gère. Je suis libre d’exprimer ma pensée et de dire ce que je veux. Donc je suis beaucoup plus libre conformément à la loi fondamentale d’exercer le rôle de défenseur des intérêts matériels et moraux des travailleurs.

Justement si l’intérêt national, celui de défendre mieux les intérêts des travailleurs, commande à ce que vous soyez consultée que diriez-vous ?

Ça c’est autre chose. Mais jusqu’à preuve du contraire, je vous dis encore que dans le fond de mon cœur, je me sens mieux ici et je pense que je pourrais beaucoup plus servir ce pays quand je suis en retrait. Par ce que là, je sais que nous avons mis des jalons, il faut y veiller. D’ailleurs, le Premier ministre, nous en avons décrit son portrait robot. Moi, je ne suis pas économiste. Dores et déjà, même si je voulais ce poste, je suis hors compétition.

Donc à votre entendement, il faut que le futur Premier ministre soit forcément un économiste ?

Bien sûr, et c’est ce qu’on a dit. Qu’il soit économiste et qu’il ne soit pas mêlé, de près ou de loin, à des détournements des deniers publics, qu’il n’ait pas les mains salles. Il doit être une personne intègre, qui est très propre et qui n’est pas mêlé dans les problèmes de corruption et qu’il soit un homme de consensus au sein du peuple. Parce que ça aussi c’est très important, qu’il soit quelqu’un qui est très social. Par ce que s’il n’est pas sociable, ce sont les pauvres qui vont en pâtir, or, ce sont pour ces pauvres que nous luttons aujourd’hui.

Dr Fofana n’est-il pas économiste ?

Oui, Fofana, lui, il est économiste. Mais, nous n’avons pas lutté pour nous-mêmes. Nous n’avons pas lutté pour qu’on nous récompense en nous donnant des postes.

Est-ce que vous entrevoyez quelqu’un ?

Je n’entrevois pas et je ne peux indexer personne.  

Je sais tout de même que la Guinée a beaucoup de cadres capables. Mais, ce qui me fait mal, c’est de voir que ce sont les mêmes personnes qui sont toujours là. Ils vont, ils reviennent dans le gouvernement comme si nous n’avions pas d’autres cadres. Alors qu’il y a des jeunes cadres compétents qui peuvent faire l’affaire du pays, qui peuvent redresser l’économie guinéenne, restructurer l’administration et nous sortir de cette crise.

Donc votre préférence va vers la jeunesse…. ?

Moi en tout cas, c’est ce que je souhaite, parce que l’avenir de ce pays leur revient.

Hadja Rabiatou, il y a des noms qui circulent déjà comme candidats déclarés ou non à la Primature. On parle de Lansana Kouyaté de l’OIF, de Kerfalla Yansané ancien gouverneur de la BCRG, du doyen Cellou Diallo, ambassadeur à Rome, de Mohamed Béavogui du FIDA à Rome, Aboubacar Sylla du journal ‘’l’Indépendant’’, de Facinet Touré de la chancellerie, de Michel Kamano du CES, Eugène Camara à la Présidence, des anciens Premiers ministres Sidya Touré, François Fall, Cellou Dalein Diallo, etc. Qui choisirez-vous parmi ces personnalités ?

Je vous dis encore que ne peux pas me prononcer. J’appartiens à une structure syndicale dont la déontologie exige que la décision soit prise après débat et que tout le monde reste derrière la majorité qui se dégagerait.

Donc je ne peux pas vous dire à titre personnel quel est mon choix préférentiel. J’ai travaillé avec certains parmi eux, côtoyé d’autres. En tout cas, je les connais tous, mais je ne peux rien dire d’eux. Il s’agit de voir qui parmi eux répond aux critères définis du Premier ministre par les syndicalistes et par le peuple. Beaucoup d’entre eux ont déjà travaillé dans l’administration. Il faut alors se poser la question de savoir qui a pu faire quoi ?

Par ce que je l’ai dis la dernière fois, chaque guinéen doit aujourd’hui pouvoir méditer, et se demander qu’est ce que j’ai fait hier, aujourd’hui et qu’est ce que je dois faire demain pour ce pays, de quoi je me reproche ?

Si vous ne voulez pas être Premier ministre, est ce que vous accepterez quand même que des syndicalistes rentrent dans le prochain gouvernement qui doit être de large consensus ?

Moi j’ai déjà fait mon choix. S’il y a parmi nous des syndicalistes qui pensent qu’ils sont capables, ils sont libres. Mais, est ce que ça va plaire à la base ? Si la base ne le veut pas, aucun syndicaliste ne sera dans le gouvernement. Vous vous souviendrez que Docteur Samba Kébé, en tant que Secrétaire Général, avait été nommé chef de cabinet dans un département ministériel, mais la base avait protesté. Donc il s’est vu obligé de démissionner pour revenir. Récemment dans un des pays, un syndicaliste avait été nommé ministre du Travail. Mais comme la base avait dit non, il a préféré renoncé et il a dit : ‘’si je vais au gouvernement, c’est pour vous et si vous pensez que je ne fais pas l’affaire pour vous la bas, je démissionne’’, et elle a démissionné pour retourner dans le syndicalisme. Donc même si on nous consultait, nous ne pouvons pas répondre de facto. Nous retournons pour consulter la base qui n’est pas autour de la table, pour que chacun se retrouve dans la décision qui va être prise, la réponse que nous donnerons.

Mme Pierrette Tolno qui est syndicaliste est cependant dans le gouvernement… 

Bien sûr, mais elle n’est pas la première. Mme Guilao a été ministre du Travail et tant d’autres qui ont appartenu au gouvernement du président Ahmed Sékou Touré qui est aussi passé par la porte du syndicalisme avant d’être au pouvoir. C’est pourquoi, on a déploré que la Maison de la Bourse du Travail soit détruite par les forces de l’ordre, cette bâtisse qui a joué un rôle historique. Vous savez aussi que c’est dans l’organisation syndicale qu’on reçoit la meilleure formation. Tous ceux qui ont fait la formation syndicale, sont des bons cadres.

Des bons politiciens aussi …

Évidement, ça va de soit par ce qu’il y a la politique syndicale aussi.

Est-ce que Madame Rabiatou pourrait-elle être un jour leader politique ?

Moi, je n’ai pas aimé la politique, je n’en veux pas. Parce que quand tu es politicien, il faut être menteur. C’est là, la différence entre la politique et le syndicalisme. Le syndicaliste dit ce qu’il pense, ce qu’il a dans son cœur. Par contre, le politicien ment, il fait la coloration pour se faire plaire.

Avant la nomination du Premier ministre, certains pensent que les décrets qui tombent grignotent déjà sur ses prérogatives. Est-ce votre avis ?

J’en ai tellement entendu parler. Moi, personnellement, je n’ai pas aimé, cette façon de faire. Par ce que toutes les parties se sont mises d’accord que c’est le futur Premier ministre qui a les prérogatives de composer le Gouvernement et de restructuration de l’Administration.

Mais on met souvent la charme avant les bœufs. Aujourd’hui, ces décrets suscitent des discussions au niveau des populations et des travailleurs dans les quartiers. Chacun est entrain de spéculer à sa manière et c’est ce qui n’est pas du tout bon pour le pays. Parce que tout ceci nous met dos à dos, provoque un déficit de confiance. Donc voyez-vous où tout cela peut nous mener ? 

Ne pensez-vous pas qu’exercer des pressions sur le chef de l’Etat pourrait le conduire à un choix précipité ? N’est-il pas plus sage de lui laisser le temps… ?

Non, je pense qu’il a eu suffisamment du temps, et prendre beaucoup plus de temps, risque de faire dégénérer la situation. Par ce que chacun est sur les nerfs, tout le monde est stressé, donc je pense qu’il y a eu suffisamment le temps de la réflexion. En plus, les cadres guinéens sont connus et je pense que ça ne doit plus attendre encore.

Vous avez déjà défini le profil de ce Premier ministre. Et si le futur élu ne correspondait pas à ce profil ?  

Nous allons protesté et revenir à la charge. Si nous avons défini ce profil et qui a été accepté comme tel, c’est pour que vraiment on ne retombe plus dans les mêmes erreurs ou dans les mêmes fautes. Si on nomme quelqu’un qui n’est pas dans ce profil, que nous savons, ne répond pas aux aspirations des travailleurs, ne peut pas être un bon interlocuteur, ne peut pas jouer le rôle de Premier ministre…nous allons revenir à la charge et protester.

Madame la Secrétaire Générale, pour vous, est-ce que le Premier ministre devrait être un cadre vivant en Guinée ou à l’extérieur ? 

Qu’il soit de l’intérieur ou de l’extérieur, nous souhaitons que ce soit un guinéen tout court. Notre préoccupation est qu’il réponde au profil qu’on a déjà défini.

Estimez-vous que tous les anciens ministres du général Conté ont été, de près ou de loin, trempés dans les malversations ?

Ça, je ne peux pas répondre à cette question. Mais, cette fois-ci, si on démet le Premier ministre, tous les membres du gouvernement doivent partir, parce qu’ils seront collégialement responsables.

La responsabilité, dans un gouvernement, est collégiale. Au niveau du bureau confédéral de la CNTG, on ne peut pas dire que c’est la Secrétaire Générale qui est seule responsable des fautes commises, c’est tout le bureau confédéral qui serait en faute. La responsabilité est collégiale. On aime toujours dire que les membres du gouvernement sont solidaires, dans toutes les associations, c’est le premier critère. Donc si vous ne vous entendez pas sur un point ou bien vous ne travaillez pas collégialement, l’association est vouée à l’échec. C’est pourquoi on dit que tout le monde est responsable. Et même dans un cadre plus général, nous sommes tous, nous les guinéens responsables de ce qui se passe. Parce que nous savons tous très bien les réalistes mais personne n’ose dénoncer, on est tous corruptibles. A cause de 100 000 FG, je laisse passer. C’est pourquoi je di chacun doit savoir méditer et savoir ce qu’il a fait réellement pour ce pays. 

Les syndicalistes Guinéens sont-ils capables d’imposer la rupture avec ce  passé ?

Oui, c’est déjà assez ce que nous avons fait, nous avons brisé le verre pour dire ‘’plus jamais ça chez nous’’. Maintenant, il faut que chaque guinéen le dise.  Même dans ta propre famille, il faut oser dire la vérité. Par ce que si on te dit pas tes défauts, tu ne peux pas te corriger.

Pour clore cet entretien, avez-vous Madame la Secrétaire Générale un message particulier pour les victimes des événements tragiques du 22 janvier 2007 ?

Mon cœur saigne pour ceux qui ont perdu la vie et pour ceux qui ont été blessés. A ceux qui sont morts, je m’incline devant leur mémoire, ils ne seront jamais oubliés et nous ferons tout pour démontrer qu’ils ne sont pas morts pour rien. En ce qui concerne les blessés, nous resterons à leur coté jusqu’au rétablissement total. Nous n’avons pas de grand moyen mais le peu qu’on a obtenu avec la Confédération Syndicale Internationale et le Bureau International du Travail, nous avons déjà apporté ça. Nous allons continuer à faire les recensements, à aller vers les victimes aussi qui ont perdu leurs parents. C’est pour qu’ils sachent qu’on partage leur douleur. Notre souhait aurait été aujourd’hui qu’ils soient avec nous pour vivre ces événements. Mais ils sont entrés aussi dans l’histoire. Personne ne peut les oublier.

Interview réalisée par CONDE Abdoulaye,

 Aliou Barry et CAMARA Naby Moussa

Dr Elhadj Ibrahima Fofana, S/G de l’USTG :« Il appartiendra à ce Premier Ministre de voir qui peut être utile et qui peut contribuer à faire en sorte que l’équipe gagne le pari du développement de la Guinée.»

Après la première suspension de la grève générale illimitée lancée le 10 janvier 2007, nos reporters ont rencontré les leaders des deux principales centrales syndicales : USTG et la CNTG. Les entrevues qui ont été réalisés avant le déclenchement de la seconde grève, le 12 février 2007, restent toujours d’actualités. Ainsi, Hadja Rabiatou Sera Diallo et Dr Ibrahima Fofana, que notre équipe a rencontré séparément, se prononcent sur tous les sujets qui ont ponctué l’historique mouvement populaire qui a propulsé les deux personnalités et leurs collaborateurs au centre de la vie nationale guinéenne.

 

 

La Nouvelle Tribune: Merci Dr Ibrahima Fofana d’avoir accepté de répondre à nos questions. Vous êtes le Secrétaire général de l’USTG qui est l’une des centrales syndicales à avoir appelé à la grève générale illimitée que les guinéens ont largement suivi du 10 au 27 janvier 2007. Quels sont aujourd’hui vos sentiments sur le déroulement de cette désobéissance civile et le Protocole d’Accord qui a permis la suspension du mot d’ordre ?

 

Dr Elhadj Ibrahima Fofana : J’ai un sentiment de réconfort et de satisfaction dans la mesure où notre grève, quelque part, a atteint certains de ses objectifs. Le premier élément d’appréciation d’une grève, ce n’est pas d’abord le résultat auquel on a abouti mais du fait qu’elle ait été suivie. Parce que c’est très dangereux pour un syndicat de déclencher une grève et qu’il se retrouve seul sur le terrain, sans les travailleurs ou la population. Sur ce plan, notre attente a été même dépassée dans la mesure où ce ne sont pas seulement les travailleurs qui se sont mobilisés, mais l’ensemble du peuple de Guinée, qui s’est retrouvé dans les points de revendications de l’inter central CNTG-USTG.

Vous dites d’ailleurs que le syndicalisme, ce n’est pas seulement réclamer l’augmentation des salaires des travailleurs, mais surtout défendre les valeurs démocratiques et les aspirations des populations…

Si on prend la période coloniale où il a fallu le mouvement syndical pour réussir la décolonisation du continent africain, l’exemple est plus patent. Dans la mesure où pour organiser la lutte pour la décolonisation, il a fallu que le mouvement syndical se retrouve au Bénin (Cotonou) en mai 1957 pour créer l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique noire (l’UGTAN). Qui a eu pour premier président, feu Ahmed Sékou Touré qui a été un des syndicalistes phares à l’époque et qui, dans ses affiliations nationales, a organisé la lutte pour l’indépendance des pays africains. L’Amorce de la démocratie sur le continent africain, si on se réfère un peu à l’histoire des conférences nationales qui ont été organisées dans certains pays notamment francophones, c’est aussi l’œuvre du mouvement syndical. Maintenant pour le cas de la Guinée, c’est le mouvement syndical qui est entrain d’organiser le réveil ou l’éveil des populations guinéennes.

Voulez-vous dire que si les premiers syndicalistes ont été à la base de l’indépendance de la Guinée, vous, le mouvement syndical actuel sera à la base de la vraie démocratisation et du progrès social tant réclamés par les populations ?

C’est ce que nous sommes entrain de vivre dans la mesure où la crise que la Guinée traverse actuellement, que tout le monde vit, aussi bien sur le plan économique que politique a été initié par le mouvement syndical pour attirer l’attention de tous les guinéens là-dessus. Et il a fallu le mouvement syndical pour amener ce problème là chez M. le Président de la République qui était considéré, à un moment donné, comme inaccessible pour les partis politiques. Vous avez vu qu’aucun parti politique de l’opposition n’a pu le rencontrer pour dialoguer avec lui. Mais nous, nous avons réussi à le faire. Nous avons non seulement dénoncé ce qui ne va pas, mais on a posé des problèmes et nous avons proposé des solutions à tous les problèmes même qui ne relèvent pas de la compétence du syndicat. Mais avant tout, ceux qui dirigent le mouvement syndical sont des patriotes, ce sont des guinéens qui ont la responsabilité d’apporter leur concours au développement de la Guinée. A ce titre là, il n’y a pas de frontière entre la politique et le syndicalisme.

Estimez-vous alors, comme certains, que les partis politiques guinéens sont disqualifiés ?

Non, les partis politiques ne sont pas disqualifiés. Les partis ont leurs militants. Et ce qui fait l’intersection entre les partis politiques et le mouvement syndical guinéen est que les travailleurs que nous défendons sont des militants des partis politiques. Nous défendons leurs intérêts partout où ils sont brimés. C’est là le serment du syndicalisme et c’est ce qui fait sont rôle d’unification des guinéens aujourd’hui. Le mouvement syndical a fait en sorte que le compatriote de l’extérieur et de l’intérieur se retrouvent derrière le même objectif de changement et de liberté pour les guinéens.

Ceci dit, vous avez signé un Protocole d’Accord qui a, comme vous l’avez dit, permis la suspension de la grève. Dans cet Accord, il y a le premier point qui fait mention de la nomination d’un futur Premier ministre, chef du gouvernement. Est-ce que Dr Fofana pourrait se reconnaître dans le profil défini de ce Premier Ministre ?

Le nombre de guinéen qui peut se reconnaître dans le profil que nous avons défini est très important. Il y a beaucoup de guinéens capables de jouer ce rôle y compris des syndicalistes comme nous par exemple. Mais vous savez quand on est initiateur d’un mouvement de ce genre, il est difficile que vous demandez quelle est la place qu’on vous réserve. Nous avons dit que le futur Premier ministre doit être nommé par le chef de l’Etat. Une personne auquel il fait confiance. Et les personnes qui ont les compétences, l’intégrité nécessaire, le patriotisme, l’engagement nécessaire, le courage nécessaire pour affronter les graves problèmes que la Guinée a aujourd’hui et qui font qu’elle ne se développe pas sont nombreuses.

Et si vous étiez appelé, investi de la confiance du chef de l’Etat, quelle serait votre réponse ?

Mais, naturellement si on me fait appel pour la construction nationale aujourd’hui, est ce que vous estimez que je dirais non ?

C’est à vous de répondre….

Je vous réponds par une question (rires). Ecoutez, ma réponse est simple : Nous nous sommes dits que nous sommes des patriotes et partout où notre contribution est exigée ou demandée pour permettre à la Guinée de sortir de la crise qu’elle traverse, on est prêts.

Un écrivain guinéen reconnu sur le plan international trouve que vous êtes celui qui répond le mieux à ce profil. Qu’en dites-vous ?

Vous savez il n’est pas très orthodoxe de parler de soi dans une situation générale. Il est mieux de faire et de laisser dire. On dit souvent que ce que nous sommes parle mieux que ce que nous disons.

Le Premier ministre qui sera choisi doit former un gouvernement de large consensus. Est-ce que les syndicalistes seraient prêts à participer à ce gouvernement ?

Naturellement, pourquoi pas ? Voulez-vous exclure les syndicalistes dans ce gouvernement qui est appelé à faire le travail à la satisfaction des travailleurs et des populations ? Il appartiendra à ce Premier Ministre de voir qui peut  être utile et qui peut contribuer à faire en sorte que l’équipe gagne le pari du développement de la Guinée.

En attendant, il y a des noms qui circulent dans les rues de Conakry et sur les sites Internet susceptibles d’occuper le poste. Parmi ces noms, avez-vous une préférence ?

Je ne connais même pas ces noms-là.

On parle de Lansana Kouyaté, du Doyen Cellou Diallo, de Cellou Dalein Diallo, de Aboubacar Sylla, de Michel Kamano, Sidya Touré, de François Lonseny Fall etc.

Bon, je n’ai vraiment pas de jugement à faire par rapport à ces  noms. Je crois que c’est le droit de chaque guinéen qui soit capable de se manifester. Il appartiendra au chef de l’Etat, en fonction du processus qu’on a défini et en fonction aussi de l’aspect consensus national qu’il ne faut pas perdre de vue, de choisir. Cette fois-ci, on ne mettra pas n’importe qui la bas. Au-delà de la compétence, de l’intégrité et du patriotisme, il faut être accepté aussi par les guinéens. Aujourd’hui pour faire la paix, pour faire l’apaisement et inviter les guinéens au travail et pour faire en sorte que les bailleurs de fonds fassent confiance au pays, pour que la Guinée puisse retrouver son image de marque, il faut que le futur Premier ministre soit consensuel.

Est-ce que l’Inter central acceptera qu’un ancien ministre soit nommé au poste de Premier Ministre ?

Si on prend un ancien ministre qui a servi dans un gouvernement passé et qui a contribué à mettre la Guinée dans cette situation chaotique, nous n’accepterons pas qu’il occupe cette fonction. En fait, c’est ça l’avis de toute la population guinéenne aujourd’hui.

Pensez-vous que tous les ministres qui ont servi dans les différents gouvernements du général Lansana Conté  sont responsables de la situation de crise que nous vivons aujourd’hui ?

A des exceptions près, oui bien sûr. Mais, l’Etat c’est l’Etat, si tu as séjourné là et tu a eu à gérer, à un moment donné, une part du patrimoine national, tu as ta part de responsabilité dans la crise que nous traversons. On ne peut pas faire la part des choses dans ce domaine là.

Dr. Fofana, en attendant, le Président de la République a procédé, ces jours-ci, à quelques nominations à des fonctions d’ambassadeurs. Il semble que les syndicalistes n’approuveraient pas ces nominations qu’ils considéreraient comme un grignotage sur les prérogatives du futur Premier ministre. Est-ce votre avis ?     

Nous pensons que c’est toujours le mauvais entourage du chef de l’Etat qui est entrain de l’amener à prendre ces décisions inutiles. D’ailleurs ces nominations continuent à énerver les populations et à un peu freiner l’élan d’apaisement qu’a suscité la signature du Protocole d’Accord. Nommé un ambassadeur à l’heure là, n’a aucun sens. Il faut attendre que le Premier ministre soit là et qu’il puisse choisir les personnalités avec lesquelles il veut travailler.

Dans ces conditions, estimez-vous que le futur Premier remettrait en cause ces nominations ?

Pourquoi pas ? A partir du moment où tous les pouvoirs du Premier ministre ont été clairement définis dans le décret qui a été lu à la radio et à la télévision, quand il sera nommé, il va mettre en place son équipe. Il va s’en dire que le ministre qui sera dans un département va faire entrer des personnes à qui il a confiance sinon comment il va travailler. La collaboration dans un secteur se fait sur la base de la confiance. C’est pourquoi dans la plus part des pays développés aujourd’hui quand un Premier ministre vient, il vient avec son équipe et part avec elle. Et à partir de là, les responsabilités seront claires. En ce moment, on pourra vous jugez sur le temps que vous avez mis là. Si c’est bon, on vous dira que vous avez bien travaillé, si vous n’avez pas bien travaillé, on le dira de façon très claire.

Autre point capital de l’Accord est la mise en place d’une commission d’enquête sur les tueries qui ont endeuillé la marche pacifique du 22 janvier. A ce niveau, quelle serait votre réaction au cas où le gouvernement ne jouerait pas franc jeu ?

C’est un élément qui fait partie du Protocole d’Accord signé le 27 janvier 2007. C’est pour vous dire que c’est un de nos objectifs. Il faut que la lumière soit faite sur ces événements tragiques et que les auteurs soient identifiés et punis à la hauteur de leur forfaiture. Le plus grand mal de la Guinée et qui fait que les bailleurs de fonds prennent leur distance par rapport au pays, c’est à cause de la violation des droits humains. La Guinée est l’un des rares pays au monde où les manifestants pacifiques et légaux sont abattus par les forces de sécurité. C’est un acte de violation inacceptable à travers le monde. La délégation syndicale internationale qu’on a reçue n’est venue que pour çà. Ils ont constaté le drame humain qui a marqué la grève qu’on a organisé ici, contrairement à toutes les conventions internationales ratifiées par la Guinée. Au niveau de l’OIT, le mouvement syndical international entend faire une plainte officielle contre le gouvernement guinéen en appui avec ses affiliées de Guinée à savoir la CNTG, l’USTG et l’ONSLG. Par ce que les conventions ratifiées par la Guinée depuis 1959 ont été violées. L’attaque et la destruction de la Bourse du Travail, l’arrestation arbitraire et illégale des syndicalistes, les tortures, les brimades physiques dont nous avons été victimes sont considérées comme les pires violations des droits humains dans le monde. Et les bailleurs de fonds ont été clairs : L’Union européenne, la Banque Mondiale, le FMI disent que tant que la lumière n’est pas faite sur ces évènements-là, il n’est pas question que les concours financiers qui sont prévus pour la Guinée soient débloqués. Donc il y a un moyen de pression à ce niveau là. Sans compter que nous avons suivi les Nations Unies, à travers le PNUD ici, demandé à ce qu’une commission internationale d’enquête soit mise en place. Par ce que nous considérons ces violations comme des crimes contre l’Humanité et doivent être punies comme telles. Donc voilà un peu ce que nous entendons faire par rapport à cette situation sans compter que nous bénéficions de l’appui de tous les syndicats du monde.

Est-ce que vous avez évalué les dégâts commis au niveau de la Bourse du Travail ?   

Ce qui s’est passé à la Bourse du Travail est clair. Il y a eu des dégâts matériels. Les bureaux et les ordinateurs ont été cassés, des machines ont été volées, les plafonds enlevés, les murs ont été endommagés à certains endroits, nous avons perdu des objets personnels : l’argent, les téléphones, les documents ont été pillés et emportés par les forces de l’ordre qui sont intervenus la bas ce jour. Il est vrai qu’on a pas évalué financièrement le coût des dégâts, mais ce qui est clair, ils sont matériellement et financièrement importants.

Le gouvernement s’est-il engagé à rembourser ?

On a pas eu d’engagement ferme avec le gouvernement pour çà. Mais nous espérons que le futur gouvernement qui sera conduit par un Premier ministre s’en occupera.

L’un des dilemmes justement autour de cette descente à la Bourse du Travail est l’implication ou non du fils du chef de l’Etat, le Capitaine Ousmane Conté. Est-ce que vous avez des preuves qu’il était réellement présent à la Bourse du Travail ?

Vous savez les évènements de ce jour-là ont commencé d’abord dans la matinée, les syndicalistes l’ont vu quand il est venu pour pénétrer au portail de la Bourse du Travail. Selon les témoins qui étaient là, quand il a voulu entré, un des bérets rouges lui a intimé de ne pas le faire, que c’est le siège des syndicalistes, que c’est un endroit protégé. Il semble qu’il a giflé ce dernier pour dire que sa mission ce jour était de détruire le syndicat en Guinée. Nous avons eu cette information avant que la deuxième attaque n’ait lieu. On savait qu’il revenait, mais on est resté pour qu’il nous retrouve là.

Au cours de cette deuxième descente, était-il réellement présent, au moment où vous avez été arrêtés ?

Vous savez quand on est victime de façon subite, dès fois on a même pas la possibilité de dévisager les gens et dire qui était là et qui n était pas là. Ce qui est clair, il y a eu des observateurs qui étaient là au moment des faits et qui ont même filmé et qui, le moment opportun, montreront les documents dont ils disposent pour démontrer la véracité des faits.

On a parlé aussi de la participation des militaires venus de la Guinée Bissau. Est-ce que vous avez des preuves concrètes sur ces accusations ?

Les preuves qu’on a, par rapport à çà, c’est que ce jour la Cité de kaloum était encerclée. On ne pouvait pas passer par le pont du 8 novembre pour la banlieue et vis versa. Et chaque fois qu’on venait s’adresser aux militaires postés à ce niveau là, ils parlaient soit en portugais ou en anglais. Ce qui nous a fait comprendre en réalité que c’était des étrangers. Sinon on ne peut pas comprendre qu’un guinéen réponde en portugais à un autre guinéen qui s’adresse à lui. Donc ce sont des éléments que nous avons constatés sur le terrain. Sans compter qu’au niveau des frontières on a été appelé par des syndicalistes et des travailleurs dans la région de Boké pour nous dire que des camions remplis de militaires venant de Guinée Bissau ont pénétré le pays. Il n y a pas de fausses nouvelles ici, seulement il faut avoir des preuves concrètes pour démontrer la véracité de telle ou telle information que nous recevons.

Votre message aux populations et aux travailleurs qui vous ont suivi d’un bout à l’autre dans ces moments qualifiés d’historiques…

Premièrement aux syndicalistes et aux populations nous ne pouvons que les rendre hommage pour avoir observé et suivi le mot d’ordre de la grève que nous avons lancé. Deuxièmement, c’est de les appeler à la mobilisation et à la vigilance parce qu’ont est loin d’être au bout du processus de changement que nous réclamons et que toute la Guinée réclame aujourd’hui. Et le mouvement syndical doit pouvoir continuer à jouer le rôle de surveillant et de garant de la bonne gouvernance dans notre pays.

Envisagez-vous une carrière politique ?

Si Dieu le veut bien, nous entendons continuer à faire du syndicalisme et je vous ai dis depuis le départ qu’il n’y a pas de frontière entre le mouvement syndical  et le mouvement politique.

Interview réalisée par CONDE Abdoulaye,

Aliou Barry et CAMARA Naby Moussa

 

M. Alsény René Gomez, Ministre Guinéen de la Justice , garde des Sceaux : "N'oubliez pas que je ne suis pas du métier, je ne suis pas magistrat..."

 

M. Alsény René Gomez, Ministre Guinéen de la Justice , garde des Sceaux : "N'oubliez pas que je ne suis pas du métier, je ne suis pas magistrat..."

 

Dans cette exclusive interview, le nouveau ministre de la Justice M. Alsény René Gomez explique, en long et en large, le fonctionnement, les difficultés, problèmes et perspectives de son département. L'ancien ministre de l'Intérieur et de la Sécurité se prononce aussi sur quelques sujets d'actualités.

 

La Nouvelle Tribune: Bonjour et merci monsieur le ministre d'avoir accepté de nous recevoir et de répondre à nos questions. Monsieur le ministre en juillet 1996, à la surprise générale, l'opinion apprenait votre départ du gouvernement.  Quelle signification donnez-vous à votre retour, décrété en mai 2006, que beaucoup, dix ans après, n'attendaient plus ?

Alseny Renée Gomez : Pour mois ce n'est pas une confiance renouvelée, c'est une confiance renforcée. On peut servir son pays, sans être ministre du gouvernement. Pendant dix ans, je n'étais pas membre du gouvernement, mais j'étais président du Conseil d'Administration du Port Autonome de Conakry. Ce qui n'et pas une petite occupation. Vraiment pour moi, ce n'est pas un événement exceptionnel. Je pense, certainement, que le travail, le rendement ou le comportement adopté pendant ces dix années a été apprécié par l'autorité qui a pensé me faire venir ici.

Recevant pourtant un jour l'ancien Premier ministre, peu après le départ de ce dernier du gouvernement en 1999, le même président avait cité les noms de Réné Alseny Gomez, ancien ministre de l'Intérieur, Aboubacar Somparé, actuel Président de l'Assemblée, et Alpha Ousmane Diallo, ancien ministre de l'Habitat et de l'Urbanisme de vouloir, avec Sydia Touré, créer un parti contre lui...

Non, c'est vous qui m'apprenez cela, parce que je n'avais aucun rapport avec ces gens là. Tout le monde sait que pendant dix, moi j'étais chez moi, je ne suis allé nulle part, je ne recevais personne. Je ne vois pas alors pourquoi et comment, je vais aller m'associer à des personnes pour créer un parti, et pour quoi en faire ? Non, ce n'était pas dans mon programme du tout.

Interrogé par un confrère, en 1996, sur les raisons de votre départ du gouvernement, le président de la République avait répondu : " Je n'ai pas de contact avec un ministre ". Comment avez-vous compris cette déclaration ?

Je n'ai pas à faire des commentaires concernant la déclaration du chef de l'Etat. Je dis simplement, quand on est nommé ministre, c'est pas parce qu'on est meilleur que les autres. Et quand on quitte le gouvernement, c'est pas forcement parce qu'on a gâté ou qu'on est fautif de quelque chose. Pour moi, c'est vraiment sans commentaire.

Monsieur le ministre, beaucoup d'observateurs, au regard de votre expérience, estiment que votre retour dans le gouvernement aurait pu être beaucoup plus fort. C'est-à-dire comme Premier ministre, assurer le rôle de Coordination  ou occuper un portefeuille un peu plus élevé que celui de la Justice …

Pourquoi placez-vous à la place du chef de l'Etat ? Vous ne pouvez pas dire voilà ce qu'on voulait, voilà ce qu'on pensait. Celui qui gère tout le pays, nous avons tous voté pour lui, nous l'avons mis là, c'est sa fonction régalienne. Donc, il faut lui laisser le soin de décider de qui il met là où il met et quand il doit le mettre. Moi, je vais là où on m'a dit d'aller. On m'a mis ici, je suis là et je ferrais le maximum de ce que je dois faire, et je vous dis que je suis tout à fait satisfait, content de ce département, l'un des plus importants du pays, parce que son bon ou son mauvais fonctionnement peut avoir des répercussions importantes dans la gestion du pays. Donc, je ne minimise pas du tout ce poste, je le prends à la mesure de l'importance qu'il représente.

Ce n'est pas une question de minimiser ou non la Justice. Ce sont les commentaires des observateurs qui estiment que votre venue à ce département est un piège. Selon ces mêmes commentaires, le président voulait vous confier un portefeuille plus important que ça…

Mais s'il voulait me confier, il avait la latitude de le faire puisque c'est celui qui signe. Oui ou non ? Non, il n'y a pas de piège, il faut éviter ces genres de supputation. Il n'y a piège nulle part, il nomme qui il veut, quand il veut, là où il veut. Je pense que j'avais la latitude de refuser aussi, je n'ai pas refusé, j'ai accepté. Donc je ne vois pas là où il y a problème.

A part la présidence du Conseil d'Administration du Port Autonome de Conakry, quelles étaient vos autres occupations pendant ces dix dernières années ?

Ah non, il ne faut pas s'y méprendre. Le Port Autonome de Conakry, c'est une entité extrêmement importante dans le pays. Être président du Conseil d'Administration d'une structure comme celle-là, ce n'est pas la sinécure.

J'étais vraiment occupé à mi-temps. Ensuite, je lisais comme j'aime lire et j'écrivais également un moment.

Aujourd'hui, vous êtes revenu au ministère de la justice, après celui de l'intérieur que vous avez dirigé dans la première moitié des années 1990. Vous avez organisé quelques élections qui ont été diversement appréciées par les acteurs politiques et autres observateurs en fonction des tendances qu'ils incarnent. Dans quel état avez-vous trouvé votre nouveau département ?

Écoutez, c'est difficile pour moi de comparer. Je suis nouveau ici et ensuite je ne suis pas de la maison. Mais de l'opinion des gens, quand j'ai été nommé, tout le monde disait que c'était un département difficile, un département qui était diversement apprécié par la population. Moi, j'ai plutôt trouvé un département qui s'avère qu'on s'intéresse et qu'on l'aide à se qualifier. C'est à ça que je m'attelle actuellement. Je suis venu, j'ai écouté, j'ai bougé un peu, j'ai essayé de faire un premier diagnostic. Parce que quelques soient vos qualités de docteur, ou de médecin, quand vous êtes face à un malade, il faut d'abord un bon diagnostic, c'est après cela que vous pouvez chercher des solutions. C'est ce à quoi, je me suis attelé, je pense que maintenant nous commençons à chercher les solutions pour améliorer le fonctionnement de la justice Guinéenne.

Beaucoup disent que la justice est une des gangrènes de ce pays, est-ce que vous avez réellement fait le même constat en arrivant ici ?

Je ne suis pas d'accord sur ce constat. Je suis d'accord que nous avons des problèmes dans le pays d'une façon générale. La justice n'est qu'un secteur du fonctionnement d'un Etat. La maladie que vous connaissez, qui gangrène est une maladie qui ne concerne pas qu'un seul secteur. Le secteur de la Justice est dans ça. Je ne suis pas d'accord avec les gens qui montrent du doigt la justice, comme tout ce qui était mauvais est dans la justice. Il y a du bon et du mauvais aussi. C'est inhérent à toute société. Mais je ne pense pas que ça soit pire qu'ailleurs.

 

Mais, avec tous ces dossiers qui traînent devant les tribunaux, qui vont jusqu'à la Cour  Suprême , reviennent sans que la solution ne soit trouvée… On sait aussi que des dossiers traduits devant les juridictions retardent, pénalisant souvent les hommes d'affaires, les citoyens. Il y a beaucoup de cas Monsieur le ministre…

Je pense qu'il faut se féliciter que nous ayons aujourd'hui en Guinée un système judiciaire qui permet au justiciable quand il n'est pas content, n'est pas satisfait d'une décisin de faire appel et qu'on réexamine. Il y a quelques années, vous vous souvenez qu'il n'y avait presque même pas d'avocats. On vous accusait de quelque chose et vous étiez immédiatement condamné. Aujourd'hui, je pense qu'il faut se féliciter que lorsque un cas est posé, deux personnes sont face à une situation, il faut bien que l'une gagne et que l'autre perde.

Si celle qui a perdu n'est pas convaincue que le droit a été appliqué, son devoir c'est de faire appel, et c'est normal que cet appel soit entendu.

Évidemment, il y a plusieurs recours, tout cela je pense que c'est une bonne chose dans un Etat démocratique. Evidemment, il y a le temps, et l'une des questions que nous sommes en train de résoudre est de faire en sorte que ce temps là soit réduit, lorsque quelqu'un est mis en mandat dépôt pour qu'on ne mette pas un an avant de le juger. Voilà autant de problèmes que nous allons essayé de résoudre pour diminuer le temps.

Monsieur le ministre, si la Justice est souvent incriminée, elle n'est pas non plus à l'abri d'attaques comme celle qu'a subie un de vos cadres à Dubréka, victime du Président de la CRD de Tanènè. Quels remèdes proposez-vous pour protéger les magistrats contre de telles situations ?

Parmi les recommandations du séminaire que nous avons eu à Kindia du 18 au 22 septembre 2006, l 'un des points importants, nous avons insisté pour demander aux autorités militaires, politiques, administratives d'éviter de s'ingérer dans la gestion et le règlement des problèmes de justice. Croyez moi, nous sommes vraiment indignés de l'incident qui s'est passé à Dubréka. La semaine qui a suivi cet incident, un matin j'ai pris tout mon cabinet nous nous sommes rendus à Dubreka et Dieu merci c'était un jour d'audience. Nous avons dit d'abord, en aparté, au juge que nous étions venu pour lui témoigner notre solidarité mais aussi pour manifester notre désapprobation de ce qui s'était passé. Je suis rentré dans la salle d'audience, et fort heureusement ce sont les mêmes personnes qui étaient à l'intérieur que la semaine précédente quand l'incident s'était produit, je leur ai présenté les excuses du gouvernement parce que cet incident n'était pas la volonté du gouvernement. Ceux qui sont entrés dans ce palais ne sont pas entrés en tant que responsables, ils sont entrés en tant que citoyens. Ils ont violé, donc ils doivent faire face aux rigueurs de la loi. C'est ainsi que le juge a porté plainte. Ensuite il a fait un rapport adressé au ministre, rapport qui a été transmis au ministre de l'administration du territoire. Nous attendons que le ministère de tutelle réagisse, suivant ce qu'il décidera de réagir et que la Justice elle aussi suive son cours.

Elhadj Sékhouna Soumah, le président de la CRD de Tanènè, sera t-il poursuivi ou est-il déjà poursuivi?

Quand on a déposé plainte, la moindre des choses, c'est d'appeler celui contre lequel on a déposé plainte, pour l'écouter et savoir ce qu'il va dire. Suivant les réponses qu'il donnera, en ce moment, celui qui instruit va décider de continuer. Je sais qu'il va certainement être reçu par les autorités judiciaires de Kindia.

Et lui, et l'Imam et le secrétaire général de la préfecture. Parce que ce sont les trois qui s'étaient introduits dans la salle d'audience.

Monsieur le ministre, il y a un problème qui défraie la chronique, c'est celui apposant l'Etat à l'homme d'affaires Mamadou Sylla. Ce problème semble t-il est au tribunal. Est-ce vrai ou faux ?

Vous savez aussi bien que moi que le problème est devant la justice. Parce que je suis sûr que vous étiez jeudi dernier (NDLR : 19 octobre 2006) au Tribunal de Kaloum.

Bien sûr, la Banque Centrale ou l'Etat, c'est comme nous, n'importe qui pense que ses intérêts sont lésés peut aller saisir les autorités judiciaires pour dire que moi mes intérêts sont lésés, je voudrais que vous examiniez cela. C'est ce qui s'est passé. La Banque centrale estimant que ses intérêts étaient lésés, a saisi la justice. Le jeudi dernier, une première comparution a eu lieu où on lui a indiqué ce qui lui était reproché. Les choses continuent normalement au niveau du Tribunal de première Instance de Kaloum.

Le fait de l'avoir reçu l'autrefois peu avant cette audience avait fait penser que l'action judiciaire était suspendue sinon annulée …

Mamadou Sylla est un citoyen. Il faut savoir que tout citoyen à des devoirs, mais il a des droits aussi. Ce problème, moi je l'ignorais totalement. Ce dont on lui reproche a eu lieu pendant que je n'étais pas au gouvernement. J'avais besoin, en tant que chef de département de la Justice , d'avoir des informations venant de la personne qui est concernée. C'est tout naturellement, je l'ai reçu ici, je lui ai fait part de ce qu'on lui reprochait et j'ai écouté sa version des faits. C'est à titre d'information et c'est tout à fait normal.

Par rapport à cette affaire, il y a un audit qui a été engagé par les deux parties, c'est-à-dire l'Etat et le groupe Futurelec, pourquoi ne pas attendre les résultats de cet audit avant toute procédure judiciaire ?

Ce sont deux problèmes totalement différents. L'audit concerne dans l'ordre des 22 millions de dollars et d'autres transactions entre l'Etat et la société FUTURELEC. Ici nous sommes dans un problème qui concerne Elhadj Mamadou Sylla pour lequel un compte avait été exceptionnellement ouvert à la BCRG. Ça fait deux dossiers totalement différents.

Monsieur le ministre, pour rester avec cette affaire, dans un mémo que le procureur de Kaloum vous a adressé, il proposait les chefs d'accusation et indiquait les scénarios peuvent aboutir à l'inculpation et à la condamnation de l'homme d'affaires. Est-ce cette attitude du Procureur ne frise pas la partialité?

Non, vous avez mal lu le mémo, ce n'est pas dans ce sens là. D'abord c'est un document purement administratif. Deuxièmement, c'est moi qui lui aie demandé. N'oubliez pas que je ne suis pas du métier, je ne suis pas magistrat. Donc à chaque fois, je demande à mes collaborateurs, donnez moi tels renseignements, expliquez-moi telle procédure…

Par exemple pour Dubréka, j'ai demandé hier (NDLR Mercredi 25 octobre 2006), dans les cas d'outrage à Magistrat, insulte publique, trouble à l'audience, quelles sont les dispositions des articles prévus dans le code. Je m'informe moi aussi. Donc, j'ai demandé au procureur, quelles sont les différentes étapes quand quelqu'un est convoqué. Donc il m'a fait un mémo pour me dire telle chose, c'est ça, telle autre c'est ça. Donc, il n'a pas de rapport à me faire dans ce domaine là, mais je peux lui demandé de me donner des explications sur telle ou telle partie du droit parce que je veux me mettre à niveau. C'est dans ce cadre là que ça été fait, ce n'est pas du tout dans le sens que vous avez indiqué.

Il y a un autre problème, monsieur le ministre, qui a été révélé dans la presse la semaine dernière et qui concerne l'affaire des 40 millions de dollars du Fonds Koweitien. Cette affaire, semble-t-il, a été discuté en conseil interministériel. Est-ce que la justice s'intéresse à ce dossier aussi ?

Premièrement, j'ai assisté à tous les conseils des ministres depuis que je suis nommé, à ma connaissance ce problème n'a pas été discuté au niveau du conseil des ministres. Deuxièmement, il y a dans le gouvernement un département qui est intéressé par ce problème. Si ce qui est écrit par un de vos confrères est vrai, je pense que ce sont les départements chargés de gérer les dettes de la Guinée qui doivent réagir. Pour l'instant nous ne sommes saisis de rien au niveau de la Justice.

La justice peut pourtant ouvrir une information judiciaire comme ça se passe ailleurs ?

Non, pour l'instant, nous n'avons pas jugé nécessaire de nous mêler de ce problème pour l'instant. Nous voulons laissé le temps à l'intéressé lui-même, qui est accusé, parce que, peut être, il va répondre. Il a un droit de réponse. S'il ne répond pas, mais il y a des départements qui sont directement intéressés. L'argent dont on parle est géré par des départements. Normalement ceux-là doivent réagir. Je ne vois pas pourquoi nous nous allons devancé toutes ces personnes physiques et morales.

Une bonne partie de l'opinion estime que la justice est souvent lente, lorsque l'Etat est lésé. Au niveau du procureur, est qu'il ne peut pas avoir un mécanisme permettant de s'autosaisir contre les cas de corruption. Est-ce que c'est possible selon vos attributions, et si c'est possible pourquoi vous ne le faites pas ?

L'Etat est un tout, l'Etat a mis des structures en place. Par exemple il y a une structure de lutte contre la corruption. L'Etat a mis en place des structures auxquels il a donné des missions bien déterminées. Si ceux qui ont la tâche de mener ces missions à bien ne le font pas, en ce moment l'Etat doit prendre ses responsabilités et, peut être, sanctionné positivement ou négativement. Mais je ne voie pas pour quelle raison, la justice va bondir sur les problèmes, alors que l'Etat a pensé et a jugé nécessaire de mettre en place des structures pour s'occuper des ces problèmes là.

Justement, monsieur le ministre, en parlant de ces structures, on sait que le comité national de lutte contre la corruption avait préparé des dossiers de corruption et de malversations. On se rappelle de l'affaire Friguia et Anaïm, il y a eu un procès au tribunal de Première Instance et il y a eu même des accusés qui ont plaidé coupables, l'affaire est passée à la Cour d'Appel et subitement on en parle plus. Il n'y a pas eu de décision, il n'y a pas eu de recours à la Cour Suprême , l'affaire s'est arrêtée là. C'est comme l'affaire des 24 milliards de la Banque Centrale et des Impôts qui est restée sans suite au niveau du Tribunal…

Je ne suis pas au courant de ces problèmes là. Je peux vous parler des problèmes qui se sont passés depuis que je suis là. Vous pouvez bien savoir que la gestion précédente, je ne peux pas rentrer dans cela parce que ça ne s'est pas passé à mon temps et je n'aie pas les éléments d'appréciation nécessaires pour répondre de ces problèmes là. Tout ce qui s'est passé depuis que je suis là, si vous me posez la question sur ces problèmes, je peux vous répondre.

L'Etat c'est la continuité, Monsieur le Ministre ?

Bien sûr, l'Etat est une continuité, mais je ne répondrais que sur des problèmes que je maîtrise dont j'ai les dossiers en main. Vous ne voulez pas tout de même que je vienne au ministère de la Justice , et me mette à rabâcher tout ce qui s'est passé depuis dix ans. Moi, j'ai un programme pour l'avenir et le présent.

Justement, je vais un peu revenir sur l'affaire de corruption, maintenant que vous êtes là, est ce que vous entendez initié des reformes pour lutter contre la corruption. Si oui est ce qu'on peut avoir une idée de ce que vous envisagez ?

Écoutez, je ne suis pas un élément indépendant, je suis membre d'un gouvernement. Dans ce gouvernement vous avez un ministère du contrôle économique, lui, c'est sa tâche quand même. Pourquoi voulez-vous que j'aille m'occuper de ce que les autres doivent faire alors que moi j'ai des trucs à faire, qui dépassent ma tête.

Est-ce que vous pensez que la législation actuelle est suffisamment sévère contre les auteurs de corruption et de malversations? Ou alors vous en tant que ministre de la justice, vous entendez proposé au gouvernement des reformes que vous allez peut être soumettre au parlement pour rendre peut être  plus rigoureuse la lutte contre la corruption.

Là, ce n'est pas une affaire du simple ministère de la justice. Je peux vous dire qu'au mois prochain, nous allons en Amérique du sud pour une conférence internationale, concernant la corruption. C'est pour vous dire d'abord que ce problème n'est pas spécifique à la Guinée , la corruption est dans tous les pays. Donc, nous allons là bas pour voir comment ça se passe ailleurs, quelles sont les dispositions que les autres prennent. Peut-être à l'issue de tous ces contacts et de toutes ces missions, nous aussi, aurons une autre vision et peut-être que nous pourrions faire des propositions en ce moment là. Mais pour l'instant, nous sommes entrain de nous former et de nous informer.

En attendant vous pouvez proposé la répression ou quelques mesures dissuasives...

La répression, c'est à partir du moment où nous sommes saisis, en ce moment, on peut parler de justice et de répression. Si nous ne sommes pas saisis, nous n'avons pas à nous saisir de tout ce qui va mal en Guinée.

A cause de votre expérience tout de même monsieur le ministre…

Je n'ai pas d'expérience dans ce domaine là.

On sait que vous êtes vice-président du conseil supérieur de la magistrature. Est-ce que ce conseil supérieur est réellement fonctionnel ?

Il n'est pas fonctionnel pour une simple raison. D'abord le décret qui définit le rôle et les attributions du conseil existe. Ce qui manque, c'est la nomination des membres du conseil et ce décret est déjà à la signature, il peut-être signé d'un jour à l'autre. Mais, tant que ce décret nommant ses membres n'est pas signé, il n'est pas fonctionnel.

La nomination des magistrats se fait sur le jugement de monsieur le ministre de la justice…

Attention, le conseil supérieur de la magistrature est une structure chargée de sanctionner positivement et négativement les magistrats. Pour la nomination de ses membres, jusqu'à preuve du contraire, elle relève du chef de l'Etat sur proposition du ministre de la justice.

Est-ce que ce n'est pas un organe de consultation pour la promotion des magistrats ?

Pour la promotion, d'accord. C'est pourquoi je vous dis sanctionner positivement. Mais une affectation, ça reste quand même des attributions du ministre de la justice.

C'est un constat réel, notre système pénitentiaire souffre d'un problème cruel d'infrastructures. Est-ce que c'est par manque de fonds qu'on ne construit pas ou ne rénove pas les prisons ou c'est pour des questions de superstition ?

Bon, je pense d'abord, que c'est le problème de fonds. Nous avons fait une première esquisse concernant les infrastructures des prisons, ça nous amène à plus de 4 milliards de francs, vous vous rendez compte. Est-ce que vous pouvez sortir dans la rue, aujourd'hui, dire au guinéen, qui est payé à 200.000 francs par mois, on va mettre 4 milliards de francs pour construire des prisons? Est ce que vous pensez qu'il va comprendre ça ? Donc, il y a un problème de moyens. La superstition, on en parle, c'est secondaire mais c'est une question de moyens. Et notre Etat a, aujourd'hui, des priorités. Mais nous nous avons pensé plutôt nous orienter vers les partenaires au développement. Nous avons eu leur accord de dépêcher deux experts qui vont venir travailler sur le terrain avec nos cadres, sillonner le pays pour faire le constat réel de la justice avec ses moyens. Sur la base de ces constats, nous allons, en ce moment faire une table ronde des bailleurs de fonds. Chaque bailleur nous dira ''oui, moi je peux financer ici, moi je peux financer là''. Mais s'il faut attendre que l'Etat avec les moyens qu'il a et les problèmes qu'il doit résoudre, nous resterons encore des dizaines d'années sans que rien ne soit fait dans les prisons. Mais en tout cas, nous avons bon espoir que les bailleurs de fonds vont nous accompagner dans ce domaine là. Déjà, ils font beaucoup, ils font des forages dans les prisons, ils offrent des médicaments, des habits…Donc, c'est l'occasion vraiment de remercier tous nos partenaires au développement et les ONG. Vous avez des ONG qui sont autorisées à aller dans n'importe qu'elle prison sans demander l'autorisation. Je les encourage à nous aider parce que nous ne voulons pas cacher nos tares et nos faiblesses.

On pourrait dire que ces dernière années, il y a de moins en moins qui vont dans les prisons, en tout cas, pour des affaires criminelles. Tout simplement parce que vous avez du mal à organiser les cours d'assises. Normalement par an, il doit y avoir deux ou trois cours d'assises à Conakry et à Kankan. On a passé, je crois trois ou quatre ans ici sans en organiser. Heureusement, cette année, on en a programmé. Là aussi, c'est un problème de moyen, est ce que vous ne pensez pas qu'il faille initier là aussi des reformes pour, si vous voulez, un peu déconcentrer pour rapprocher la justice des justifiables ?

Bon, là, vous posez deux problèmes, le premier problème, c'est l'insuffisance des juridictions. Nous avons actuellement deux cours d'Appels, Conakry et Kankan, ce n'est pas suffisant. Donc, il y a une insuffisance de juridiction. Deuxièmement, problème de moyen. Effectivement 2005-2006, nous avons eu une seule cour d'Assises, celle de l'année dernière et celle qui continue actuellement. Alors que les textes disent qu'il faut une session d'assises tous les quatre mois. Donc, il faut trois cours d'assises par an. Nous nous avons décidé, en tout cas nous allons nous battre pour que l'année prochaine trois cours d'assises soient organisés à Conakry et la même chose à Kankan, avec peut être deux à Kankan et une foraine à N'Zérékoré. Parce que, qu'est ce qui se passe ? Les gens qui sont en détention et attendent d'être jugés, si les assises ne se tiennent pas, ils restent en prison et dès fois, ce sont des gens qui vont être libérés après les assises. Nous sommes conscients de cette situation. La dernière fois j'ai convoqué le président de la cour d'Appel de Kankan, le procureur plus ceux de Conakry, ils se sont assis, ils m'ont fait une évaluation. Une session de la cour d'assises pour cette année, nous coûte dans l'ordre de 100 à 120 millions de francs. L'année prochaine, avec l'inflation, il faut compter dans les 150 millions. Donc, rien que pour Conakry. Pour les trois cours d'assises vous avez près d'un demi milliard et pour Kankan aussi. Je pense que cela n'est pas normal pour quelqu'un qui est dans une prison, qu'on mette un an, deux ans avant qu'il ne soit jugé et qu'on le libère. Pour ces deux années là, normalement, il peut se retourner contre nous pour dire qu'on l'a laissé deux ans en prison alors qu'il n'avait rien fait. Donc nous avons prévu dans le budget 2007, trois cours d'assises à Conakry et nous allons tout faire pour que Kankan ait deux cours d'assises et une foraine à N'Zérékoré. Notre souhait, c'est de multiplier les cours d'Appel, parce que s'il faut que le type vienne de Kissigoudou, de Lola pour aller à Kankan pour la Cour d'assises, vous vous rendez compte ce que cela représente. C'est une situation que nous regrettons mais malheureusement, c'est la réalité du pays.

Monsieur le ministre, en attendant la réalisation des infrastructures pénitentiaires, beaucoup d'organisations de défense des droits de l'homme, dénoncent les mauvaises conditions de détention dans nos prisons. Dans ce sens, qu'est-ce que vous comptez faire pour améliorer ces conditions de détention ?

C'est dommage, vous n'avez pas été au séminaire de Kindia. Parce que tous les magistrats de la Guinée étaient là-bas, plus des avocats, des greffiers et bien sûr les représentants de la gendarmerie, de la police qui sont les auxiliaires de la justice puis qu'ils sont des officiers de police judiciaire.

Nous avons dénoncé plus encore cette situation parce que c'est une réalité. Mais il ne s'agit pas simplement de dénoncer, nous avons proposé des solutions pour y mettre fin. Pas plus tard qu'hier (NDLR mercredi 25 octobre) j'ai reçu dans mon courrier une correspondance du chef d'Etat major de la Gendarmerie qui vient d'organiser un concours pour le recrutement des officiers de police judiciaire au niveau de la Gendarmerie. Sur environ 130-140 candidats, ils ont retenu, environ 85 qui sont classés. La police va faire la même chose. Donc, déjà, c'est pour qualifier les gens pour qu'on sache que n'importe qui ne peut pas interpeller un citoyen. Si tu n'as pas la qualité d'officier de police judiciaire, tu ne dois pas interpeller un citoyen, c'est déjà beaucoup. Parce que aujourd'hui n'importe qui, même les miliciens, tous les matins interpellent les citoyens, il faut que cela cesse.

Nous avons dit qu'il faut respecter les textes. Un citoyen, vous pouvez le garder 48 heures maximum avec l'accord de l'officier judiciaire. Mais au-delà de ça, vous n'avez pas le droit de le garder. Ou vous le laissez partir chez lui ou vous le transférez, si vous avez suffisamment d'éléments.

Nous avons dit que désormais, nous ne recevrons pas à la justice un prévenu qui vient d'un commissariat et qui a été torturé. Nous exigerons qu'il soit soigné par ceux qui l'ont torturé et qu'il soit en état avant que nous ne le recevions. Voilà quelques mesures et d'autres qui ont été prises par les magistrats, par la Gendarmerie , par la police à Kindia. 

Parce que à ce séminaire, le ministre de la sécurité y était à l'ouverture comme à la clôture. Donc, je peux vous dire que plus que ce que les ONG ont dénoncé, nous qui sommes concernés, nous avons été beaucoup plus loin.

Parce que nous pensons que pour bien soigner, il faut d'abord faire le diagnostic. Donc, nous sommes conscients de ce qui est là, nous savons qu'il y a aussi une question de niveau mais de ce côté-là, il faut que la formation suive.

Est-ce qu'il ne convient pas aussi de fournir un effort d'explication au niveau des policiers?   

Oui, nous avons prévu, à partir de janvier 2007, ce que nous avons appelé des conférences régionales de la justice. Au niveau de ces conférences régionales, tous ceux qui sont mêlés de près ou de loin, vont être invités. Et nous allons, à cette occasion là, échanger les points de vue ; dire à chacun quel est son rôle, la limite de ses responsabilités. Parce que nous pensons que chaque région à des problèmes spécifiques qu'on ne retrouve pas dans les autres. Donc, c'est pourquoi, nous avons préféré décentraliser. A titre d'information, aujourd'hui (NDLR jeudi 26 octobre) il y a une ONG dénommée ''Prisonniers sans Frontières'' qui bouge pour Kankan, que j'ai reçu

hier. Ils vont faire une réunion à Kankan, réunion au cours de laquelle ils vont inviter tous ceux qui sont concernés par la détention aussi bien les régisseurs que les policiers, les gendarmes et les infirmiers, tous ces gens là vont être réunis pour un séminaire sur la gestion des détenus dans un milieu carcéral. Donc, vous voyez, ceux là sont déjà partis aujourd'hui, ils sont sur le terrain. Le travail qu'il y a à faire, nous seuls, nous ne pouvons pas le faire. Fort heureusement, il y a des ONG qui se manifestent, qui ont des moyens et qui sont disposés à faire le travail supplémentaire.

Pour clore cet entretien monsieur le ministre, on constate que les gens se battent pour dépénaliser les délits de presse. Êtes vous favorable à ce projet ?

Moi, je suis un exécutant du gouvernement, le moment venu, si le gouvernement est favorable à la chose, nous allons mettre en place les structures nécessaires pour que cela soit fait. 

Réalisée par Abdoulaye Condé,

Abdoulaye Top Sylla et S.A Cissoko

 

 

M. Siba Fassou, directeur de l’Institut supérieur des arts de Guinée (ISAG):« L’accès à l’université dépend maintenant des notes obtenues au bac 2 »

La suppression du concours d’accès aux institutions d’enseignement supérieur, du moins dans sa forme habituelle, est maintenant effective. Ce concours, rappelons-le, représentait pour beaucoup de bacheliers un grand obstacle pour l’accès à l’université. Cela avait fini par jeter le discrédit sur son organisation. Il a été remplacé à partir de cette année par une nouvelle formule appelée « sélection ». Pour en savoir plus, nous avons pris langue avec M. Siba N’Fassou, directeur de l’Institut supérieur des arts de Guinée (ISAG) et président des recteurs et directeurs des Institutions d’enseignement supérieur (IES). Il explique ici les raisons de la suppression du fameux concours et les exigences liées au nouveau système de sélection.

 

 

La Nouvelle Tribune : Merci de nous recevoir, M. le directeur de l’Institut supérieur des arts de Guinée et président des recteurs et directeurs des Institutions d’enseignement supérieur. L’actualité en matière d’éducation reste dominée chez nous par la nouvelle forme d’accès aux Institutions d’enseignement supérieur, à savoir la « sélection » qui remplace désormais le « concours ». Tout d’abord, quelles sont les raisons de cette suppression ?

Siba Fassou : Je voudrais vous dire d’abord grand merci. Parce que nous sommes très heureux de voir qu’un journal s’intéresse au développement et à l’évolution de nos universités. Je me félicite qu’un journaliste se déplace pour venir recueillir des informations sur l’avancée de nos projets au niveau des Institutions d’enseignement supérieur. Concernant la suppression du concours, il faut dire qu’il a été institué, je crois, depuis sept ou huit ans. Et comme vous le savez, généralement, il y a toujours un discrédit qui doit être lancé par ici par là. En dehors de cela, le concours engendrait beaucoup de dépenses pour les parents parce que les centres de concours étaient des préfectures et nos élèves ne sont pas tous des préfectures, ça nécessitait des déplacements pour des élèves candidats au concours. Et le concours durait cinq jours, ce qui faisait des dépenses supplémentaires pour les parents par rapport au transport et à l’hébergement. Donc le gouvernement avait demandé si on pouvait supprimer le concours et le remplacer par un autre système, ceci pour alléger un peu les dépenses au niveau des parents et aussi alléger un peu le souci des élèves. Des élèves, parce qu’il y avait un autre phénomène dans le concours. On avait des élèves qui avaient réussi avec brio au bac ; certes ils n’étaient pas des lauréats qui étaient exemptés du concours, mais ils avaient de très bonnes notes. Malheureusement ils échouaient. Cela faisait un peu mal. Il fallait parer à tout ça, trouver des solutions à tout. Après une année de réflexion menée par le cabinet du ministère de l’Enseignement supérieur avec les recteurs et directeurs des Institutions d’enseignement supérieur, le travail a été fait, le dossier a été déposé chez le ministre. Le gouvernement a été saisi et il a donné son accord sur la suppression du concours, ou du moins sur son remplacement par un nouveau système de sélection.

Justement, M. le Président, quelles sont les exigences de ce nouveau système de sélection ?

Le nouveau système est simple. Il s’agit de donner des fiches de choix aux élèves admis au bac 2. Ils les remplissent en mentionnant dix choix possibles. Nous, nous récupérons ces fiches à notre service informatique. Ce service va sortir, à partir du fichier du bac 2, toutes les notes des bacheliers. En fonction du choix de l’élève, l’ordinateur sort toutes les notes. Si les critères d’accès à une filière sont satisfaits par l’élève, le problème ne se pose pas, son choix est respecté. Je prends un exemple. Nous avons en médecine trois matières fondamentales : les maths, la physique et la biologie. Le critère d’accès à la faculté de médecine, c’est d’avoir de très bonnes notes dans ces trois matières. Si tel est le cas, le candidat va directement en médecine. Mais puisque l’élève a pris le soin de marquer, outre la médecine, la pharmacie ou la biologie… si ses notes ne sont pas suffisantes pour accéder en médecine, il est orienté dans ces autres filières. Donc l’accès à l’université dépend maintenant des notes du bac 2.

Quels sont les bacheliers concernés par cette nouvelle formule d’accès à l’université ?

Exceptionnellement, ce sont des bacheliers des sessions 2006, 2005 et ceux de 2004 qui sont d’ailleurs les plus gâtés. Parce que si le concours était maintenu, il est évident que la session 2004 n’aurait pas fait le concours. Le concours prenait en charge deux promotions ou sessions. Les promotions, par exemple, 2005 et 2006. Mais avec la nouvelle procédure de sélection, on est allé jusqu’en 2004. Tous les élèves titulaires du bac 2 et qui ont échoué au concours en 2004 et 2005 et ceux de la dernière session 2006, c’est l’ensemble de ces élèves dont les fichiers sont à la disposition de l’Enseignement supérieur pour la sélection.

Ils seront donc combien de bacheliers concernés par cette sélection et pour combien de places disponibles ?

Écoutez, je ne vais pas être très précis, parce que je n’ai pas le chiffre, mais on peut estimer, pour les trois sessions, aux environs de trente à trente cinq mille bacheliers, je crois. Pour le nombre de places, là nous n’avons rien déterminé.

Le nombre de places n’est pas déterminé ? Mais que deviendront les bacheliers qui ne seront pas retenus par la sélection ?

Je crois, on ne peut pas dire pour accéder à l’université, si quelqu’un n’est pas admis, voilà quelle est la solution qui est à côté. Il s’agit d’une sélection. Notre ambition au niveau de nos universités, c’est que nous souhaitons avoir de très bons étudiants, nous voulons que le pays bénéficie d’une bonne formation ainsi que les jeunes. La condition première, c’est qu’en entrant à l’université on puisse au moins avoir de très bonnes notes. Aussi, il n’y a pas que l’université pour la formation de nos jeunes ; il y a des centres de formation professionnelle, il y a d’autres écoles de spécialisation dans divers métiers. Mais là, c’est au niveau du ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle. Je crois que ce n’est pas parce qu’on a le bac, qu’on peut s’orienter aussi à l’université. On peut apprendre autre chose. Et à ce niveau là, nous avons des écoles professionnelles, je crois que ça dépendrait de ceux qui ont échoué pour essayer de s’orienter vers une formation professionnelle.

Il y a plus de trente cinq mille bacheliers, et tous ne peuvent pas accéder à l’université. Mais combien comptez-vous prendre dans ce nombre ?

Bon, là, vous savez les chiffres, il ne faut jamais jouer avec. Je ne sais pas moi, je pense qu’on peut aller aux environs de 20 000 ou un peu plus. Là, je ne sais pas très bien quelle va être la capacité d’accueil de toutes les institutions. Mais ce qui est sûr, s’il n’y avait pas une grande capacité d’accueil, je pense que le nouveau système n’aurait pas pris les élèves qui avaient échoué en 2004. Avec les trois sessions, je crois, c’est parce que quelque part, il y a sûrement de grandes possibilités pour un plus grand accès de nos enfants à l’université.

Tout récemment vous étiez en concertation avec vos collègues directeurs et recteurs à l’UGANC. Je crois que chacun de vous avait donné les capacités d’accueil de son institution.

Écoutez, le problème qui se pose à ce niveau, c’est que chaque institution voudrait accueillir beaucoup d’étudiants, ça c’est sûr. Il y a une volonté aussi de notre département pour qu’un grand nombre ait accès à l’université. Mais comme dans tous les pays du monde, tout le monde ne peut avoir accès à l’université. Ça aussi, c’est une évidence. Il faut en tenir compte, il y a un effort considérable qui est fait par le département et par le gouvernement pour soulager les élèves et les parents. Parce que quand on va jusqu’au bac 2, vraiment l’idéal c’est d’entrer à l’université, c’est le souhait des parents. Donc le gouvernement fait des efforts pour que tout le monde ait accès à l’université.

Beaucoup estiment que les pécules ou bourses d’entretien constituent l’obstacle fondamental pour l’accès de tous les bacheliers à l’université. Est-ce que vous n’envisagez pas la suppression de ces pécules ou leur attribution aux plus méritants, comme on fait ailleurs, pour que tout le monde ait accès à l’université ?

Écoutez, moi je ne peux pas répondre à cette question. Il me semble que c’est une question qui relève d’une grande politique. Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question là, je n’ai aucun élément.

En ce qui concerne l’ISAG, votre institut, combien de bacheliers comptez-vous accueillir cette année ?

Pour ce que je vais accueillir cette année, j’attends d’abord de voir au niveau des fiches combien auront décidé d’entrer à l’ISAG. Si je n’ai que 200 ou 1 000 qui ont demandé l’ISAG, à ce moment je peux déterminer ma capacité d’accueil. Mais je ne peux pas parler a priori, ce sera en fonction de la demande.

Réalisée par Sékou Ahmadou Cissoko

Dr Ismaël Condé, leader du PRPAG : « Quand les syndicats parlent peuple et nation, les partis politiques, eux, continuent de parler ethnie et région. »

C’est là l’une des affirmations d’Ismaël Condé, leader du PRPAG (Parti de la révolution Population Africaine de Guinée) dans la présente interview qu’il a bien voulu accorder à notre journal. Une interview que nous avons centrée, essentiellement, sur la situation générale actuelle du pays.<?XML:NAMESPACE PREFIX = O />

 

La Nouvelle Tribune : Monsieur le Secrétaire National du PRPAG quel regard votre parti porte-t-il sur la situation générale de <?XML:NAMESPACE PREFIX = ST1 />la Guinée aujourd’hui ?

 

Dr Ismaël Condé: Cette situation, à l’évidence, est une situation de crise; de crise profonde parce qu’elle est, à la fois, économique, sociale, politique, culturelle et surtout morale ;

C’est singulièrement, par ce trait moral qu’elle inspire de l’inquiétude. Etant donné que  la réforme morale de la société n’est envisageable que sur le long terme, la situation semble s’être installée dans la durée. Moi, elle me rappelle à tout moment les phrases suivantes du « Discours sur le colonialisme » de l’éminent poète-écrivain et grand révolutionnaires Aimée Césaire :

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente

« Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte.

« Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »

Naturellement, cette réflexion s’adressait à la civilisation ou au régime de l’Europe colonialiste. Cependant, et à mon avis, elle décrit et explique si clairement notre situation actuelle qu’elle donne le sentiment que c’est pour nous que son auteur l’a écrite.

En effet, s’agissant de la première remarque, celle relative au fonctionnement, il est clair que le fonctionnement de tout régime est assuré par son administration.

Or dans la Guinée d’aujourd’hui, qui peut se retrouver dans la limite entre le secteur public et le secteur privé ?

De façon générale, ne parle-t-on pas, et à raison, de la privatisation du secteur public ? Cette dérive est frappante au niveau de l’école et de la santé. Et que font les autorités par rapport à ce phénomène ? Du reste, peuvent-elles l’endiguer ? Ne semblent-elles pas plutôt fermer les yeux, pour illustrer la deuxième remarque ?

Quand à la troisième remarque, il est sûr que le pouvoir actuel a proclamé la démocratie multipartite comme principe. Et chacun sait comment s’applique cette démocratie. Or, depuis sa réinstauration, où sont les débats publics et ouverts qui sont l’un des traits fondamentaux de cette démocratie ? Par exemple, a-t-on jamais suivi à la télévision Guinéenne le débat, sur quelque question, entre un parti quelconque et le PRPAG qui se dit parti de la vraie opposition ?

A mon avis, ce manque de débat est une ruse. Il empêche les populations d’être  bien informées car bien informées, celles-ci échapperont au subjectivisme. Une autre ruse par rapport au principe de la démocratie est le truquage des élections. En somme, nous réunissons aujourd’hui tous les indices ou tous les signes qu’Aimée Césaire fait ressortir comme des indicateurs incontestables de la société en procès au marasme.

 

Pour le PRPAG, comment en est-on arrivé là ? Autrement dit quelles sont les causes de notre crise, en supposant que celles-ci sont nombreuses ?

 

En restant dans la logique de la pensée d’Aimé Césaire cette question revient à dire pourquoi, par exemple, le pouvoir est incapable de faire respecter les prix qu’il détermine et fixe lui-même ; pourquoi il semble fermer les yeux à des problèmes aussi cruciaux dans tout pays musulman, comme la prostitution, l’alcoolisme et la toxicomanie, pourquoi notre démocratie, par la tricherie, est une démocratie de façade ?

Comme réponse à ces interrogations, naturellement, on pense aux fléaux de la corruption, du népotisme, de l’impunité, du vol et de détournement des biens publics. Mais à mes yeux, ces causes ne sont, en fait, que les conséquences ou les manifestations d’une cause plus grande, plus générale, ou encore, plus fondamentale. Cette cause, c’est l’aliénation. C'est-à-dire l’esprit qui dicte qu’on ne peut avoir le bonheur que dans la dépendance ou la domination d’une chose qu’on reconnaît, dès le départ, comme supérieur à soi. Par exemple l’esprit de l’esclave ou du colonisé fidèle est un esprit d’aliénation.

Cet esclave et ce colonisé croient fermement que c’est dans la soumission à l’esclavagisme ou au colonialisme qu’ils peuvent être heureux. Et on le sait bien, le régime du ‘’3 Avril’’, à travers la majorité de ses fondateurs s’est donné comme base l’idée selon laquelle « l’indépendance a mis la Guinée dans la merde » pour reprendre les mots d’un membre distingué du CMRN (Comité Militaire de Redressement National) l’organisme supprême d’orientation et de décision qui a remplacé le BPN (Bureau Politique National) du PDG Paradoxalement, il s’est trouvé, et il se trouve encore, des intellectuels pour défendre et propager cette même idée. On peut ainsi retenir que la deuxième République repose sur la condamnation de l’indépendance et donc de toutes les qualités nécessaires à sa conquête et à sa sauvegarde, notamment, le sens élevé de la dignité et de l’honneur, le courage, l’abnégation, l’intégrité, en un mot, le patriotisme. Dès lors, comment s’étonner que la légèreté, pour ne pas dire la vulgarité, devienne de plus en plus la dominante du comportement du Guinéen, et en particulier, du fonctionnaire guinéen ?

Comme on le dit, la condamnation de la vertu est l’appel du vice. Principalement, voilà la source, et de la corruption, et du vol et du détournement des biens publics qui, tous sont mortels pour l’autorité, singulièrement l’autorité morale. Par ailleurs, c’est le lieu de rappeler que pendant toute la durée du régime de la Révolution, les ennemis de ce régime n’ont eu cesse de développer que le système capitaliste, en lui-même, et rien qu’eu lui-même, est le système du bonheur, du bonheur gratuit. C’est par rapport à cette idée qu’on considère presque à tous les niveaux que l’administration est une source d’enrichissement.

Une pure ineptie car par sa nature-même, l’administration apparaît, plutôt, comme un sacerdoce, c'est-à-dire une mission qu’on accomplit avec le plus grand dévouement et dans la plus grande abnégation. Sans doute, c’est là la raison pour laquelle nulle part la fonction publique n’a fait de ses agents honnêtes et loyaux des millionnaires.

Et comme on le voit aujourd’hui dans notre pays, l’esprit de lucre en s’installant dans l’administration tue l’administration. Il ne saurait en être autrement par ce qu’en matière de collaboration cet esprit impose le népotisme qui, tout en reléguant la compétence et l’intégrité au second plan, fait installer autour de soi des complices. D’où aussi le phénomène de l’impunité pare ce qu’on ne peut pas punir ou laisser punir le complice. Et comme l’impunité est le mépris de la loi, la loi qui fixe et règle les rapports entre les citoyens, l’impunité est, en même temps, le ‘’bafouement’’ de l’administration, donc, de l’autorité elle-même.

 

Où le PRPAG situe-t-il la responsabilité de cet état de choses ?

 

Pour mon parti, la responsabilité de la crise actuelle incombe à tous les Guinéens qui avaient atteint l’âge adulte en 1984, année de la perpétration du coup d’Etat militaire.

Ces Guinéens se divisent en deux groupes. Le premier compte les concitoyens qui, par ignorance, ont cru aux changements qui ont été annoncés le 3 Avril 1984. Ce groupe est responsable mais pas coupable.

Le deuxième groupe comprend, principalement, les gens appelés intellectuels.

Nos ‘’intellectuels’’, ou par haine, ou par arrivisme, ou par pur lâcheté n’ont pas eu, face au putsch, le comportement qu’il fallait et qui était, à défaut de la condamnation, la réserve, la pondération. Ce comportement aurait poussé les nouvelles autorités à la modération dans le travail de destruction qu’elles ont entrepris. La destruction de l’oeuvre du PDG. En dernière analyse, c’est bien la destruction de cette ouvre, faite d’unité nationale, de sens élevé de la responsabilité, de fierté nationale, d’intransigeance sur l’honneur, la dignité et la liberté, qui est à l’origine de tous les maux qui sont en train de nous réduire à la misère noire.

Ce groupe restera coupable devant l’histoire. Ceci, d’autant que beaucoup d’entre eux ont participé et continuent de participer, par des pratiques et des conseils, au pillage du pays.

 

Par ces propos, n’êtes-vous pas de ceux qui disent qu’il n’y a pas d’intellectuels en Guinée ?

 

Je pense que ce jugement est excessif. Le pays a bien des intellectuels et de grands intellectuels. Des hommes qui ont un haut niveau de culture et qui, en conséquence, sont de vrais sages. Ces hommes, on les retrouve dans tous les milieux. Ils ne sont pas forcément des lettrés en Arabe ou en Français. Seulement, ces hommes ont la voix éteinte par les cris ou les hurlements d’une nuée de compatriotes qui n’ont d’intellectuel que leur mégalomane, leur folie des grandeurs, leur complexe de n’être pas allés loin dans les études, comme si les études universitaires étaient la critère exclusive de l’appartenance à la catégorie des intellectuels.

Pour moi, un intellectuel est, avant tant, un homme épanoui. Un homme affranchi de tous les bas instincts, de tous les bas sentiments, en un mot, de tout ce qui s’apparente à la petitesse. Par exemple, un vrai intellectuel ne peut pas être ethnocentriste ; il ne peut ni voler, ni détourner les biens publics.

L’intellectuel connaît les conséquences désastreuses de ces tares humaines par l’individu et sur la société.

 

En revenant à notre sujet proprement dit, après que vous ayez posé votre diagnostic de la situation actuelle du pays, à présent, quels sont les remèdes que le PRPAG propose pour sortir de cette situation ?

 

L’une des grandes dimensions de la crise réside dans le fait que les Guinéens se sont crées des besoins et se sont donnés des ambitions qui sont en dehors de leurs moyens, donc qu’ils ne peuvent pas satisfaire en restant honnêtes. Voyez le gaspillage ou la pompe qui accompagne les mariages, les baptêmes, les anniversaires et même les funérailles. Et toutes ces cérémonies reposent pour beaucoup, sur l’escroquerie déguisée que représente de plus au plus la mise sous le patronage, la présidence d’honneur, le parrainage, le marrainâge, la principauté, la royauté….de tel et de tel autre. Une loi supprimant les cérémonies pompeuses reduira de façon remarquable les vols et les détournements des bains publics. C’est là une solution de circonstance. 

La solution radicale, comme le PRPAG l’a toujours défendue, ne peut être définie que par l’action unitaire de la classe politique du pays. Par action unitaire, j’entends d’abord le débat ouvert, franc et patriote de tous nos problèmes, de tous les sujets qui conduiront les Guinéens à s’unir comme un seul homme, ensuite, l’engagement sincère de tout le monde à appliquer et à faire appliquer les décisions que le débat arrêtera. Au demeurant c’est là, à mon avis, le seul moyen pour les partis politiques de refaire surface ; presque tous n’ayant plus de parti politique que le sigle et le leader. Heureusement, pour le peuple, le mouvement syndical semble prendre la relève dans la défense de ses intérêts.

 

Comment expliquez-vous cette audience grandissante des Syndicats ?

 

C’est que, quand les syndicats parlent peuple et nation, les partis politiques, eux, continuent de parler ethnie et région. Certains hommes politiques, par haine et mépris pour le PDG (Parti Démocratique de Guinée) n’ont jamais admis que ce parti avait réussi à briser, en Guinée, les barrières ethniques et régionalistes. Aussi ont-il fondé leur parti sur l’exclusivisme ethnique. Et de plus en plus ils découvrent ou constatent que le langage du particularisme ne mobilise plus personne. Les syndicats, en parlant de salaire, de revenu et de niveau de vie atteignent chacun dans ses intérêts vitaux.

 

Une autre raison de la crédibilité du mouvement Syndical c’est que contrairement au mouvement politique, il ne fait pas de la conquête du pouvoir une hantise.

 

Pour parler du PRPAG, confirmez-vous votre retrait du groupe de partis qui ont réalisé la concertation nationale du mois de mars dernier ?

 

Oui, je confirme ce retrait. Le PRPAG le justifie par les raisons suivantes :

1) Lors des rencontres auxquelles nous avons participé, nous n’avons pas toujours eu auprès de nombreux partis le juste retour du respect que nous leur portons.

Pour preuve dans ce sens, aucun document de la concertation, y compris le rapport Synthèse, n’épargne le PDG et le régime de la Révolution des calomnies habituelles de dictature. Comment rester avec des gens qui, au-delà de l’apparence, vous tiennent dans de mauvais sentiments ?

2) Nous avons constaté par les faits qu’il ne peut y avoir aucune convergence autre leur vision commune et la notre. Eux, ils parlent tous de libéralisme ; de libéralisme à bien appliquer. Nous, nous battons pour la Révolution ou le socialisme. Pour nous, l’action politique qui doit primer aujourd’hui ne peut porter que sur la qualification morale de la société Guinéenne. Il faut que le Guinéen redevienne un homme honorable, un patriote, pour que son pays se développe.

 A. C

 

GOUVERNEMENT QUE FONT LES FEMMES MINISTRES

DJÈNÈ SARAN AUX ÉTATS - UNIS

La ministre du Commerce, Mme Condé Hadja Diènè Saran, au moment où le pays se trouve confronté à une crise aiguë de carburant, est aux Etats-Unis où, semble-t-il, elle serait allée accompagner sa fille en instance de maternité. Il est décidément bon d’être ministre en ces temps qui courent. On définit ses propres priorités qui passent au dessus de celles du pays. Qui est fou !

KOUMDA DIAKITÉ AU SÉNÉGAL

La ministre du Tourisme et de l’hôtellerie est présentement à Dakar où elle suivrait des traitements médicaux. L’on ne connaît pas exactement la nature de la maladie de la ministre mais au département l’on estime que pour ce qu’elle a, il aurait mieux fallu consulter un bon exorciste africain qu’un médecin. Les mauvaises langues racontent que l’on lui aurait jeté un… sort. A moins que ce ne soit une simple indigestion, avec ces hôtels et ces restaurateurs qu’elle gère souvent avec des relations conflictuelles.

 

AÏSSATOU BELLA A L'INTÉRIEUR DU PAYS

 

La ministre de l’Information est présentement à l’intérieur du pays. Kissidougou, Kankan etc., seront visités par la ministre de l’Information qui se fait des soucis par rapport à la mauvaise couverture de la télévision alors que nous sommes sensés être sur satellite. Aïssatou Bella Diallo profite en même temps pour échapper au climat de tension qui règne actuellement à Conakry, se mettant au-dessus de la mêlée. La priorité pour la ministre semble donc être le travail.

FATOUMATA BINTa DIALLO À CONAKRY

 

La ministre de l’Energie Fatoumata Binta Diallo est à Conakry même si depuis sa nomination l’on n’a pas encore compris ce qu’elle fait à son poste. A la limite, le directeur de l’EDG même s’il affiche des résultats médiocres pour diverses raisons, semble se mouvoir mieux que sa ministre. Peut-être bien que Fatoumata Binta Diallo est la seule à avoir compris le système : rester dans son coin, croiser les bras et attendre. C’est la meilleure manière de durer à son poste même s’il n’y a pas d’eau, ni électricité. Brave Fatoumata Binta Diallo. Et puis, pourquoi pas quand dans le gouvernement, seul le Premier ministre semble être préoccupé et se bat pour les résultats ?

 

Eourad LAMAH, pour

La Nouvelle TRibune

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